• Elle est là pour une semaine. Ce n'est pas sa préférence, elle aime tellement sa maman. Mais voilà, quand on travaille et qu'on est aussi mère, il faut trouver des solutions. Pour mon plus grand bonheur de grand-mère, la solution c'est moi.

    Quel poème cette petite fille. Elle a 5 ans. Elle adore se rendre utile. Alors, la vaisselle, l'aspirateur, la poussière, ce sont là des occupations qu'elle trouve extraordinaires, c'est comme un jeu pour elle...

    Il ne faut pas qu'elle s'ennuie, alors je lui présente une fillette du quartier.

    • Non, non, je ne veux pas y aller...

    Mais après quelques minutes, elles sont devenues les meilleures amies du monde, comme savent le faire les enfants, sans se poser de question, juste parce que ça fait du bien d'être deux, ou trois, ou quatre pour inventer des jeux, des histoires...

    Si bien qu'un après-midi, alors qu'elle était partie depuis quelques instants rejoindre son amie, je jette un coup d'oeil dehors et ne la vois plus... Je l'appelle, pas de réponse... Elle doit être très occupée par ses jeux, elle va réapparaître dans un moment...

    Plus tard, après avoir appelé, appelé encore et encore, je commence sérieusement à m'inquiéter... Je me rassure en me disant que, dans ce chemin en cul-de-sac où j'habite, dans la campagne fribourgeoise, il ne peut rien lui arriver. Il n'y a jamais eu d'enlèvement d'enfant dans le coin. Je me dis qu'elle doit être quelque part, tellement présente à ses jeux et à ses nouveaux amis, qu'elle en oublie tout le reste.

    Je fais le tour du quartier, en m'égosillant à force de crier son nom. J'élargis le cercle, ce qui m'amène de l'autre côté de la maison d'en face. Et là, finalement, elle m'entend et arrive en courant, avec cet air un peu craintif de celle qui a fait une bêtise...

    Je lui explique...

    • J'ai eu très peur... Il faut me dire où tu vas ! Je m'inquiète !
      J'ai cru que tu étais perdue...

    Mais je suis si contente de la retrouver que j'oublie rapidement l'incident. Je suis la grand-mère, ce n'est pas à moi de l'éduquer, alors je décide de ne vivre que le meilleur avec elle.

    Quand elle arrive à la maison, la première chose qu'elle fait, elle va dans mon armoire à chaussures et m'emprunte une paire d'escarpins en cuir verni noir. Elle fait des kilomètres dans la maison, en maillant son petit derrière, une lolita miniature. Elle s'enroule dans tout ce que j'ai comme écharpe, pashmina, foulard et autre paréo.

    Laïla a du style, du rythme, de l'allure... De grands yeux bleus, une magnifique et solide chevelure blonde, et pour la rendre spéciale, unique, une pluie de tâches de rousseur autour de son petit nez en trompette. Grande pour son âge, élancée, elle est gracieuse et souple. Elle aime qu'on la regarde et trouve toutes sortes de combines pour se faire remarquer. Et là, moi, la grand-mère, je suis aux anges de regarder cette perle.

    Un après-midi, nous décidons d'aller marcher... Grimace d'abord, elle voulait voir ses copines... mais finalement elle se laisse convaincre. Nous prenons le chemin Sainte-Anne, en-dessous de là où je réside. Nous marchons un bon kilomètre direction sud-ouest. Elle commence à ronchonner... Marcher, ça n'est pas drôle...

    Pourtant les enfants, quand ça leur plaît, sont capables de très gros efforts. Ça me rappelle un ou deux hivers plus tôt. Nous avions marché près de deux kilomètres pour arriver à la fontaine, au sommet de Villarsiviriaux, en longeant la route du Résevoir, le lieu-dit Commun d'Avau pour ensuite partir à gauche vers la forêt. C'était l'hiver, je traînais une luge et Laïla, parfois un peu fatiguée, montait dans la luge. Il faut dire que le dernier bout, ça monte raide. Alors je lui disais :

    • C'est trop dur, moi aussi je suis fatiguée...

    et elle recommençait à marcher...

    Arrivées au bord du bois, nous avons bu un peu d'eau à la fontaine... et puis hop dans la luge pour une descente de deux kilomètres. Elle était fascinée, elle criait, riait, battait des bras, grisée par la vitesse, par tout ce blanc, cette belle nature où il n'y avait jamais, quasi jamais personne, pas de traces de sel ou de gravier, juste de la neige, encore de la neige, toujours de la neige, battue sur cette petite route.

    • Encore.

    Arrivées en bas, elle a tout de suite repris le chemin de la montagne.

    • D'accord, on y va.

    Il fallait voir son enthousiasme, sa joie, sa détermination même de recommencer immédiatement l'exercice.

    Nous sommes montées trois fois. Elle était complètement exténuée, mais tellement contente.

    Mais revenons sur ce chemin Sainte-Anne. Après ce kilomètre, nous prenons à gauche et longeons une haie jusqu'à un pont... On regarde l'eau... Il fait chaud, ça donne envie de se rafraîchir.

    • Et si on rentrait par la rivière !
    • Non, non ! Elle me répond, mais avec déjà une étincelle dans l'oeil.

    Je traverse le pont et descends vers l'eau... Tiens, les bords sont raides... pas facile... Mais moi aussi, quand j'ai une idée, je renonce rarement... Laïla me suit prudemment.

    Et nous voilà dans l'eau... Un peu fraîche d'abord, cette eau de rivière, mais après, si bonne... Et là, une surprise nous attend. La Glâne a été assainie. Nous devons être à un mètre cinquante à deux mètres en-dessous du bord.

    Une colonie de libellules vit là. Des bleues, de ce bleu qui a des reflets verts et jaunes, comme moiré et d'un scintillement presque surnaturel que l'on se demande si ce ne sont pas des esprits de la nature, venus là nous donner un message particulier. Et puis des beiges, moins fastueuses mais tellement élégantes.

    Laïla est fascinée. Elle n'a jamais vu autant d'insectes, si grands, si grandioses. Les libellules nous observent, avec leurs grands yeux saillants, puis continuent leur vie de libellule, battant leurs quatre grandes ailes nervurées et transparentes avec grâce et vélocité.

    Ainsi, accompagnées de nos gardes du corps ailés, nous marchons dans la rivière, de l'eau jusqu'au milieu des jambes pour moi et jusqu'aux genoux pour Laïla. C'est une aventurière, cette petite, comme sa grand-mère... sa joie fait plaisir à voir...

    • On va remonter ?
    • D'accord...

    Mais voilà, les bords sont si raides à cet endroit que je ne suis pas capable de le faire. Il y a immédiatement du souci dans le regard de Laïla.

    • Ne t'inquiète pas, plus loin, ça ira...

    Et plus loin, nous sommes sorties de la rivière et rentrées à la maison.

    • Dessine les libellules, tu te souviens, elles sont tellement belles !
    • D'accord !

    Après quelques minutes, elle a réussi un dessin où les libellules volent joliment au-dessus d'un rivière. Mais quelques instants plus tard, je reviens et le dessin est barré plusieurs fois de grands traits noirs.

    • C'était nul !

    Et elle pleure de rage. Seigneur, encore une qui veut devenir parfaite...

    Je la prends dans mes bras ! Je la berce !

    • Oh ma petite Laïla, je t'aime !

    C'était en 2004 et elle avait cinq ans.

    Christiane Kolly – 21 juin 2011


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  • Nom de dieu - Théa d'Albertville


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  • chevalier_dames_001-8ac5a
    Bibliothèque de Jean d’Orléans.— N° 66, le Chevalier des dames, en papier

    Dans un autre temps
    Dans une autre vie
    Les princes charmants
    Avaient des envies

    Si fortes qu'ils partaient
    Sans se demander
    Ce qu'il adviendrait
    De leur destinée

    Aujourd'hui le temps
    Est à la mesure
    Chez les flamboyants
    C'est l'autocensure

    Moi la louve ardente
    Je me désespère
    D'être frétillante
    Comme une sorcière

    Mais où êtes-vous
    Chevalier servant
    Où vous cachez-vous
    Sous un paravent

    Pourtant j'ai la clé
    De votre pouvoir
    Même pas voilée
    Juste un peu couguar

    Alors nom de Dieu
    Laissez-vous aller
    Pour que tous les deux
    Plus de barbelés

    Ma profonde envie
    Être féminine
    Vous serez ravi
    Une vraie bédouine

    Le chemin est simple
    Il suffit François
    D'aller vers l'Olympe
    Sans être aux abois

    Théa d'Albertville
    18 juin 2011
    Romont

    Thea - Nom de dieu


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