• rose et billet du matin
     
    Si les liens des coeurs ne sont pas des mensonges,
    Oh ! dites, vous devez avoir eu de doux songes,
    Je n'ai fait que rêver de vous toute la nuit.
    Et nous nous aimions tant ! vous me disiez : « Tout fuit, 

    Tout s'éteint, tout s'en va ; ta seule image reste. »
    Nous devions être morts dans ce rêve céleste ;
    Il semblait que c'était déjà le paradis.
    Oh ! oui, nous étions morts, bien sûr ; je vous le dis.

    Nous avions tous les deux la forme de nos âmes.
    Tout ce que, l'un de l'autre, ici-bas nous aimâmes
    Composait notre corps de flamme et de rayons,
    Et, naturellement, nous nous reconnaissions.

    Il nous apparaissait des visages d'aurore
    Qui nous disaient : « C'est moi ! » la lumière sonore
    Chantait ; et nous étions des frissons et des voix.
    Vous me disiez : « Écoute ! » et je répondais : « Vois ! »

    Je disais : « Viens-nous-en dans les profondeurs sombres ;
    Vivons ; c'est autrefois que nous étions des ombres. »
    Et, mêlant nos appels et nos cris : « Viens ! oh ! viens !
    Et moi, je me rappelle, et toi, tu te souviens. »

    Éblouis, nous chantions : « C'est nous-mêmes qui sommes
    Tout ce qui nous semblait, sur la terre des hommes,
    Bon, juste, grand, sublime, ineffable et charmant ;
    Nous sommes le regard et le rayonnement ;

    Le sourire de l'aube et l'odeur de la rose,
    C'est nous ; l'astre est le nid où notre aile se pose ;
    Nous avons l'infini pour sphère et pour milieu,
    L'éternité pour l'âge ; et, notre amour, c'est Dieu. »

    Victor - Les contemplations - 185..


    votre commentaire
  • lire des livres lire delivre


    votre commentaire
  • un jour viendra

    votre commentaire
  • L ame du vin - Baudelaire_opt
    Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles:
    «Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
    Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
    Un chant plein de lumière et de fraternité!

    Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
    De peine, de sueur et de soleil cuisant
    Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme;
    Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

    Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
    Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
    Et sa chaude poitrine est une douce tombe
    Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

    Entends-tu retentir les refrains des dimanches
    Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant?
    Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
    Tu me glorifieras et tu seras content;

    J'allumerai les yeux de ta femme ravie;
    À ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
    Et serai pour ce frêle athlète de la vie
    L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

    En toi je tomberai, végétale ambroisie,
    Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
    Pour que de notre amour naisse la poésie
    Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur!»

    Charles Baudelaire

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires