• Comment j'épouse Marie-Jo

    alliancesAprès ce voyage, un jour, comme tout allait bien, Marie-Jo me dit :

    • Francis, je veux te demander quelque chose ?
    • Et bien dit !
    • Tu ne crois pas qu'on devrait officialiser notre union ? Tout va bien chez toi, les affaires, nous !
    • Qu'est-ce que tu entends par là !
    • Moi, j'aimerais bien me marier avec toi !

    Je faisais un peu la sourde oreille. J'avais déjà convolé deux fois, je n'étais pas trop intéressé de remettre ça. Depuis huit ans, nous vivions ensemble et ça allait assez bien comme cela. Mais voilà, ce que femme veut ! Vu son insistance, j'ai cédé. Il fallait entreprendre les formalités d'usage, demander un certificat d'origine à l'Officier d'État-civil de Villaraboud pour moi et de Villaz-St-Pierre pour Marie-Jo. C'est Madame Morel, Officière d'État-civil de Romont qui a publié les bans. Nous avons été "pendus" durant deux ou trois semaines. Je me souviens de ce jour, il fallait deux témoins. J'avais choisi Gérald Jordan, Syndic de la Commune de Romont, au sommet de sa splendeur qui était accompagné de sa femme Anna née Inzaghi, une remarquable pianiste, et Marie-Jo avait choisi une de ses cousines qui était accompagnée de mon ami Conrad Brodard. Nous voilà les six dans la salle des mariages.

    • Francis Mauron, voulez-vous prendre pour épouse Marie-Josée Vionnet née Dévaud ici présente ?
    • Ouais !

    Ce n'était pas un oui franc, j'ai hésité un peu et j'ai dit ouais ! C'est là que Madame Morel me dit :

    • Monsieur Mauron, pas si convaincu que cela ?
    • Oui, je suis d'accord.
    • Madame Marie-Josée Vionnet née Dévaud, voulez-vous prendre pour époux Francis Mauron ici présent ?
    • Oui.

    Cela a été un beau oui retentissant. Ça s'est passé à onze heures le matin. À onze heures et demie, l'affaire était classée.

    J'avais réservé chez Girardet, le fameux restaurant, un des meilleurs du monde, à Crissier près de Lausanne. Je le connaissais déjà. Avec les fans de Gottéron, ou pour les affaires, j'avais déjà fréquenté ce lieu magique. Freddy avait appris que c'était mon dîner de mariage. Quand nous sommes arrivés, l'accueil a été à la hauteur du maître des lieux. Apéritif au champagne dans un petit salon puis repas à une table de fête de l'établissement. Vers seize, comme c'était la coutume chez lui, je suis allé payer le repas dans le petit local où se trouvait la caisse. "Cartes de crédit non acceptées", il voulait que le client paie cash. Ça m'a coûté pour les six convives mille huit cents francs, aujourd'hui je suppose que cela coûterait le double, au moins. Jolie fête. Nous sommes rentrés, rendez-vous à Villarsiviriaux. C'est là que j'ai reçu une œuvre d'art de Louis Sugnaux, ferronnier d'art à Billens près de Romont. C'est finalement mon ami Conrad qui a payé le cadeau pour tout le monde, quatre mille francs, il dit que ça lui a coûté.

    Le mariage ayant été déjà consommé, la vie a continué. Nous étions mariés, nous étions bien ensemble, j'ai construit une magnifique piscine dans mon château après avoir loué pour huit mille francs pour un mois, une villa au Tessin, en dessus de Locarno. J'ai toujours fait des calculs et là je me suis dit, au lieu de payer un tel prix, je vais faire une piscine à la maison.

    Marie-Jo avait deux filles, Delphine et Christine, et moi j'avais mes deux garçons. Chaque deux semaines le vendredi, c'était devenu un rituel, j'allais chercher les deux filles à Châtel-St-Denis. C'est le père qui en avait eu la garde, vu qu'elle avait un comportement un peu irresponsable. Puis j'allais prendre mes deux garçons à Chavannes-sous-Romont où Elisabeth avait construit une maison avec son nouveau mari. Nous avons passé là de belles années, l'entente était belle. Les deux filles avaient quatre ou cinq ans de plus que mes garçons. Le samedi matin, il fallait faire les courses pour nourrir toute cette jeunesse. Nous nous rendions à Avry Centre. Un billet de cinq cent balles y passait, mais moi je ne faisais rien, j'attendais au bistrot qui se trouvait au milieu du centre commercial. Il fallait bien cela pour six coqs en pâte, pour deux jours. Et le dimanche soir, je ramenais chacun chez eux. Je me souviens de cette époque avec nostalgie. J'avais acheté un but de football et je jouais avec mes deux garçons et même avec les filles, une équipe de cinq, c'était une belle partie de rigolade. Marie-Jo nous regardait.

    Les vacances, c'était toute une histoire, il fallait prendre deux voitures pour emmener tout ce petit monde. Un jour, la veille de partir, Pierre-Yves mon fils aîné se casse le bras. Il a fallu le laisser là pour qu'il se fasse soigner. Un semaine plus tard, je suis revenu du Tessin pour ramener mon fiston, j'ai fait le trajet avec Marie-Jo. Sur l'autoroute, du côté de Biasca, contrôle de vitesse, je roulais à cent huitante à l'heure alors que c'était limité à cent trente.

    • Vous êtes pressé Monsieur Mauron ?
    • Oui, je suis pressé !
    • Mais pourquoi ?
    • Je vais chercher mon fils qui s'est cassé un bras il y a une semaine et à cause de cela il n'a pas pu venir en vacances dans votre beau canton.
    • C'est une bien triste histoire. Alors allez-y.

    Ils ne m'ont pas collé d'amende, par contre ils ont envoyé un rapport au Canton de Fribourg. Par précaution, j'avais consulté un avocat de mes connaissances, histoire de savoir à quelle sauce j'allais être mangé. Mon dernier retrait de permis datait de dix-neuf ans auparavant. Mais il valait mieux intervenir auprès de la Commission des retraits de permis avant qu'elle ait rendu son jugement. Il fallait expliquer l'histoire de l'accident de Pierre-Yves, mettre l'accent sur la tristesse ressentie de ne pas l'avoir eu avec nous toutes les vacances. Toutes ces considérations m'ont coûté mille francs, cinq cents francs la page. Et là, miracle, deux semaines après, j'ai reçu un avertissement simple avec cinquante francs de frais à ma charge, pas de retrait de permis. J'ai payé avec plaisir les mille francs alors que ces cinquante kilomètres de plus m'auraient valu au moins trois mois de retrait. Quelle aubaine !


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