• la nuit nest jamais complete paul eluard

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  • rudaux couple sur un banc

    Préface du Livret de famille vaudois.
    Texte de CF Ramuz
    Viens t'asseoir à côté de moi sur le banc devant la maison, femme, tu en as bien le droit, voici quarante ans que nous sommes ensemble.
    Cette fin d'après-midi, alors qu'il fait si beau, c'est aussi le soir de notre vie. Tu as bien mérité,vois-tu, un peu de repos.
    Maintenant, les enfants sont placés. Ils sont allés chacun de son côté et nous sommes de nouveau rien que les deux, comme quand nous avons commencé.
    Femme, te souviens-tu? Nous n'avions rien pour commencer, tout était à faire. Et nous nous sommes mis à l'ouvrage. Ça n'allait pas tout seul, il nous en a fallu du courage !
    Il nous en a fallu de l'amour, et l'amour n'est pas ce qu'on croit au commencement.
    Se serrer l'un contre l'autre, s'embrasser, se parler tout doux à l'oreille.
    Ça, c'est bon pour le jour de la noce ! Le temps de la vie est grand, mais le jour de la noce ne dure qu'un jour. C'est seulement après, qu'a commencé la vie.
    Les enfants viennent; il leur faut quelque chose à manger, des vêtements et des souliers, ça n'a pas de fin. Il est aussi arrivé qu'ils étaient malades, alors tu devais passer toute la nuit à veiller et moi, j'étais à l'ouvrage d'avant le jour jusqu'à la nuit tombée.
    Nous croyions être arrivés à quelque chose, puis après, tout était en bas et à recommencer. Des fois, nous étions tout dépités de voir que nous avions beau faire, nous piétinions sur place et même, nous repartions en arrière.
    Te souviens-tu, femme, de tous ces soucis ? Mais nous sommes restés fidèles l'un à l'autre, et ainsi, j'ai pu m'appuyer sur toi, et toi la même chose sur moi.
    Nous avons eu de la chance d'être ensemble, les deux. On s'est mis à l'ouvrage, nous avons duré et tenu le coup.
    Le véritable amour n'est pas pour un jour. C'est toute la vie que nous devons nous aimer, s'aider et se comprendre.
    Puis, les affaires sont allées du bon côté, les enfants ont tous bien tourné. Mais aussi, on leur avait appris à partir sur le bon chemin.
    Nous avons un petit quelque chose au soleil et dans le bas de laine. C'est pourquoi, cette fin d'après-midi, alors qu'il fait si beau, assieds-toi à côté de moi. On veut pas mparler, nous n'avons plus rien à nous dire.
    Nous n'avons besoin que d'être les deux et laisser venir la nuit, bienheureux d'avoir bien rempli notre vie.
    (Traduction du texte patois)  

    Dessin : Edmond Rudaux


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  • Où donc est le bonheur? disais-je - Infortuné!
    Le bonheur ô mon Dieu vous me l'avez donné
    Naître et ne pas savoir que l'enfance éphémère
    Ruisseau de lait qui fuit sans une goutte amère
    Est l'âge du bonheur et le plus beau moment
    Que l'homme ombre qui passe ait sous le firmament!

    Plus tard aimer garder dans son cœur de jeune homme
    Un nom mystérieux que jamais on ne nomme
    Glisser un mot furtif dans une tendre main
    Aspirer aux douceurs d'un ineffable hymen
    Envier l'eau qui fuit le nuage qui vole
    Sentir son cœur se fondre au son d'une parole

    Connaître un pas qu'on aime et que jaloux on suit
    Rêver le jour brûler et se tordre la nuit
    Pleurer surtout cet âge où sommeillent les âmes
    Toujours souffrir parmi tous les regards de femmes
    Tous les buissons d'avril les feux du ciel vermeil
    Ne chercher qu'un regard qu'une fleur qu'un soleil!

    Puis effeuiller en hâte et d'une main jalouse
    Les boutons d'orangers sur le front de l'épouse
    Tout sentir être heureux et pourtant insensé!
    Se tourner presque en pleurs vers le malheur passé
    Voir aux feux de midi sans espoir qu'il renaisse
    Se faner son printemps son matin sa jeunesse

    Perdre l'illusion l'espérance et sentir
    Qu'on vieillit au fardeau croissant du repentir
    Effacer de son front des taches et des rides
    S'éprendre d'art de vers de voyages arides
    De cieux lointains de mers où s'égarent nos pas
    Redemander cet âge où l'on ne dormait pas

    Se dire qu'on était bien malheureux bien triste
    Bien fou que maintenant on respire on existe
    Et plus vieux de dix ans s'enfermer tout un jour
    Pour relire avec pleurs quelques lettres d'amour!
    Vieillir enfin vieillir! comme des fleurs fanées
    Voir blanchir nos cheveux et tomber nos années

    Rappeler notre enfance et nos beaux jours flétris
    Boire le reste amer de ces parfums aigris
    Etre sage et railler l'amant et le poète
    Et lorsque nous touchons à la tombe muette
    Suivre en les rappelant d'un œil mouillé de pleurs
    Nos enfants qui déjà sont tournés vers les leurs

    Ainsi l'homme ô mon Dieu marche toujours plus sombre
    Du berceau qui rayonne au sépulcre plein d'ombre
    C'est donc avoir vécu c'est donc avoir été
    Dans la joie et l'amour et la félicité
    C'est avoir eu sa part et se plaindre est folie
    Voilà de quel nectar la coupe était remplie

    Hélas naître pour vivre en désirant la mort
    Grandir en regrettant l'enfance où le cœur dort
    Vieillir en regrettant la jeunesse ravie
    Mourir en regrettant la vieillesse et la vie
    Où donc est le bonheur disais-je? Infortuné!
    Le bonheur ô mon Dieu vous me l'avez donné

    Victor Hugo - 28 mai 1830


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  • albatrosSouvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à coté d'eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
    Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
    L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

    Le Poête est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

    Charles Baudelaire (Les fleurs du mal)


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  • cigale fourmiLa cigale , ayant chanté
    Tout l'été,
    Se trouva fort dépourvue
    Quand la bise fut venue.
    Pas un seul petit morceau
    De mouche ou de vermisseau
    Elle alla crier famine
    Chez la fourmi sa voisine,
    La priant de lui prêter
    Quelque grain pour subsister
    Jusqu'à la saison nouvelle
    «Je vous paierai, lui dit-elle,
    Avant l'oût , foi d'animal,
    Intérêt et principal .»
    La fourmi n'est pas prêteuse ;
    C'est là son moindre défaut.
    «Que faisiez-vous au temps chaud ?
    Dit-elle à cette emprunteuse.
    Nuit et jour à tout venant
    Je chantais, ne vous déplaise.
    - Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
    Eh bien : dansez maintenant.»

    Jean de La Fontaine


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  • un sourireLa nuit n’est jamais complète
    Il y a toujours puisque je le dis
    Puisque je l’affirme
    Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
    Une fenêtre éclairée
    Il y a toujours un rêve qui veille
    Désir à combler faim à satisfaire
    Un cœur généreux
    Une main tendue une main ouverte
    Des yeux attentifs
    Une vie la vie à se partager.

    Paul Eluard
    Recueil Le Phénix


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