• cigale fourmiLa cigale , ayant chanté
    Tout l'été,
    Se trouva fort dépourvue
    Quand la bise fut venue.
    Pas un seul petit morceau
    De mouche ou de vermisseau
    Elle alla crier famine
    Chez la fourmi sa voisine,
    La priant de lui prêter
    Quelque grain pour subsister
    Jusqu'à la saison nouvelle
    «Je vous paierai, lui dit-elle,
    Avant l'oût , foi d'animal,
    Intérêt et principal .»
    La fourmi n'est pas prêteuse ;
    C'est là son moindre défaut.
    «Que faisiez-vous au temps chaud ?
    Dit-elle à cette emprunteuse.
    Nuit et jour à tout venant
    Je chantais, ne vous déplaise.
    - Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
    Eh bien : dansez maintenant.»

    Jean de La Fontaine


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  • un sourireLa nuit n’est jamais complète
    Il y a toujours puisque je le dis
    Puisque je l’affirme
    Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
    Une fenêtre éclairée
    Il y a toujours un rêve qui veille
    Désir à combler faim à satisfaire
    Un cœur généreux
    Une main tendue une main ouverte
    Des yeux attentifs
    Une vie la vie à se partager.

    Paul Eluard
    Recueil Le Phénix


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  • pendez pas gracié

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  • sein calligramme rondJ'écrirai sur ton sein un calligramme rond
    En vers pour la forme tout autant que le fond
    En vers car cela rime, en tout cas, avec nous,
    En vers, car c'est ainsi que les mots sont plus doux.

    Je graverai aussi autour du mamelon
    Les moments bien trop courts de jours pas assez longs
    Les moments délicieux de câlins amoureux,
    Les moments de bonheur jamais assez nombreux.

    Je tatouerai ces mots au feutre sur ta peau
    Pour que tous nos instants consentis minuscules
    Fassent aux fils des ans de grandes majuscules.

    Ce sont sur ces vers-là que sera mon repos
    Car je ne connais pas, ni ici ni ailleurs,
    De préférable endroit pour écouter ton cœur.

    Nicolas Wharf - 3 janvier 2014


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  • il faut saimer et puis il faut ...

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  • alliancesAprès ce voyage, un jour, comme tout allait bien, Marie-Jo me dit :

    • Francis, je veux te demander quelque chose ?
    • Et bien dit !
    • Tu ne crois pas qu'on devrait officialiser notre union ? Tout va bien chez toi, les affaires, nous !
    • Qu'est-ce que tu entends par là !
    • Moi, j'aimerais bien me marier avec toi !

    Je faisais un peu la sourde oreille. J'avais déjà convolé deux fois, je n'étais pas trop intéressé de remettre ça. Depuis huit ans, nous vivions ensemble et ça allait assez bien comme cela. Mais voilà, ce que femme veut ! Vu son insistance, j'ai cédé. Il fallait entreprendre les formalités d'usage, demander un certificat d'origine à l'Officier d'État-civil de Villaraboud pour moi et de Villaz-St-Pierre pour Marie-Jo. C'est Madame Morel, Officière d'État-civil de Romont qui a publié les bans. Nous avons été "pendus" durant deux ou trois semaines. Je me souviens de ce jour, il fallait deux témoins. J'avais choisi Gérald Jordan, Syndic de la Commune de Romont, au sommet de sa splendeur qui était accompagné de sa femme Anna née Inzaghi, une remarquable pianiste, et Marie-Jo avait choisi une de ses cousines qui était accompagnée de mon ami Conrad Brodard. Nous voilà les six dans la salle des mariages.

    • Francis Mauron, voulez-vous prendre pour épouse Marie-Josée Vionnet née Dévaud ici présente ?
    • Ouais !

    Ce n'était pas un oui franc, j'ai hésité un peu et j'ai dit ouais ! C'est là que Madame Morel me dit :

    • Monsieur Mauron, pas si convaincu que cela ?
    • Oui, je suis d'accord.
    • Madame Marie-Josée Vionnet née Dévaud, voulez-vous prendre pour époux Francis Mauron ici présent ?
    • Oui.

    Cela a été un beau oui retentissant. Ça s'est passé à onze heures le matin. À onze heures et demie, l'affaire était classée.

    J'avais réservé chez Girardet, le fameux restaurant, un des meilleurs du monde, à Crissier près de Lausanne. Je le connaissais déjà. Avec les fans de Gottéron, ou pour les affaires, j'avais déjà fréquenté ce lieu magique. Freddy avait appris que c'était mon dîner de mariage. Quand nous sommes arrivés, l'accueil a été à la hauteur du maître des lieux. Apéritif au champagne dans un petit salon puis repas à une table de fête de l'établissement. Vers seize, comme c'était la coutume chez lui, je suis allé payer le repas dans le petit local où se trouvait la caisse. "Cartes de crédit non acceptées", il voulait que le client paie cash. Ça m'a coûté pour les six convives mille huit cents francs, aujourd'hui je suppose que cela coûterait le double, au moins. Jolie fête. Nous sommes rentrés, rendez-vous à Villarsiviriaux. C'est là que j'ai reçu une œuvre d'art de Louis Sugnaux, ferronnier d'art à Billens près de Romont. C'est finalement mon ami Conrad qui a payé le cadeau pour tout le monde, quatre mille francs, il dit que ça lui a coûté.

    Le mariage ayant été déjà consommé, la vie a continué. Nous étions mariés, nous étions bien ensemble, j'ai construit une magnifique piscine dans mon château après avoir loué pour huit mille francs pour un mois, une villa au Tessin, en dessus de Locarno. J'ai toujours fait des calculs et là je me suis dit, au lieu de payer un tel prix, je vais faire une piscine à la maison.

    Marie-Jo avait deux filles, Delphine et Christine, et moi j'avais mes deux garçons. Chaque deux semaines le vendredi, c'était devenu un rituel, j'allais chercher les deux filles à Châtel-St-Denis. C'est le père qui en avait eu la garde, vu qu'elle avait un comportement un peu irresponsable. Puis j'allais prendre mes deux garçons à Chavannes-sous-Romont où Elisabeth avait construit une maison avec son nouveau mari. Nous avons passé là de belles années, l'entente était belle. Les deux filles avaient quatre ou cinq ans de plus que mes garçons. Le samedi matin, il fallait faire les courses pour nourrir toute cette jeunesse. Nous nous rendions à Avry Centre. Un billet de cinq cent balles y passait, mais moi je ne faisais rien, j'attendais au bistrot qui se trouvait au milieu du centre commercial. Il fallait bien cela pour six coqs en pâte, pour deux jours. Et le dimanche soir, je ramenais chacun chez eux. Je me souviens de cette époque avec nostalgie. J'avais acheté un but de football et je jouais avec mes deux garçons et même avec les filles, une équipe de cinq, c'était une belle partie de rigolade. Marie-Jo nous regardait.

    Les vacances, c'était toute une histoire, il fallait prendre deux voitures pour emmener tout ce petit monde. Un jour, la veille de partir, Pierre-Yves mon fils aîné se casse le bras. Il a fallu le laisser là pour qu'il se fasse soigner. Un semaine plus tard, je suis revenu du Tessin pour ramener mon fiston, j'ai fait le trajet avec Marie-Jo. Sur l'autoroute, du côté de Biasca, contrôle de vitesse, je roulais à cent huitante à l'heure alors que c'était limité à cent trente.

    • Vous êtes pressé Monsieur Mauron ?
    • Oui, je suis pressé !
    • Mais pourquoi ?
    • Je vais chercher mon fils qui s'est cassé un bras il y a une semaine et à cause de cela il n'a pas pu venir en vacances dans votre beau canton.
    • C'est une bien triste histoire. Alors allez-y.

    Ils ne m'ont pas collé d'amende, par contre ils ont envoyé un rapport au Canton de Fribourg. Par précaution, j'avais consulté un avocat de mes connaissances, histoire de savoir à quelle sauce j'allais être mangé. Mon dernier retrait de permis datait de dix-neuf ans auparavant. Mais il valait mieux intervenir auprès de la Commission des retraits de permis avant qu'elle ait rendu son jugement. Il fallait expliquer l'histoire de l'accident de Pierre-Yves, mettre l'accent sur la tristesse ressentie de ne pas l'avoir eu avec nous toutes les vacances. Toutes ces considérations m'ont coûté mille francs, cinq cents francs la page. Et là, miracle, deux semaines après, j'ai reçu un avertissement simple avec cinquante francs de frais à ma charge, pas de retrait de permis. J'ai payé avec plaisir les mille francs alors que ces cinquante kilomètres de plus m'auraient valu au moins trois mois de retrait. Quelle aubaine !


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  • silo vauderensA cette époque, des ingénieurs ont envoyé à l'entreprise Mauron une invitation à soumissionner pour la construction d'un silo à blé à Vauderens, silo qui servirait à entreposer le blé. Au moment de vendre ce blé à des moulins, ce n'était plus chaque paysan qui allait négocier, mais la société, la quantité était importante donc le prix bien plus intéressant.

    Nous avons fait la meilleure offre. Le silo devait être construit en béton armé, par un coffrage grimpant, ce qui veut dire qu'au fur et à mesure que nos le remplissions de béton, le mur montait. Cela a duré quatorze jours et nous travaillions vingt-quatre heures sur vingt-quatre, deux fois douze, des équipes de douze heures. Nous avions sollicité une autorisation à la Préfecture ainsi qu'à la Commune et à la Paroisse, autorisations qui avaient été accordées.

    La technique de construction n'existait pas encore en Suisse. Nous avions pris contact avec une entreprise allemande de Stuttgard pour savoir comment monter un silo. C'est un chef de chantier qui est arrivé avec le matériel de coffrage nécessaire, assez primitif en soi mais qui avait bien fonctionné. Cet allemand nous reprochait d'ailleurs d'être Griechenland, ce qui voulait dire que nous avions des procédés de grecs.

    L'auberge du Chamois de Vauderens était restée ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour toute la durée des travaux. Maguy, la Patronne, une femme accorte et qui aimait bien séduire, se faisait un plaisir de nous recevoir, c'est elle qui était de garde durant la nuit. Dans l'arrière-salle, des alcôves pourraient bien raconter quelques histoires, mais rien de bien répréhensible ni méchant. Nous aimions surtout passer du bon temps à boire quelques bonnes bouteilles, à refaire le monde en la draguant un peu. Et comme le tiroir-caisse fonctionnait bien, tout le monde y trouvait son compte.

    Arrive le jour de l'inauguration. Le Président de la Société d'Agriculture, Louis Périsset, le grand Chef omnipotent de la société, Maurice Braillard, et surtout les filles de la Société de Jeunesse étaient là. Le sapin et les filles étaient tout enguirlandés. Après le souper de circonstance, au restaurant du Chamois bien entendu, un petit orchestre s'est mis à jouer et nous avons dansé. Une fille me toisait, me reluquait depuis le début de la soirée, c'était la maîtresse d'école, Canisia Oberson. Il y avait entre elle et moi comme une étincelle, une lueur qui pouvait laisser présager que la soirée finirait tard et bien. Le but non avoué, l'idée qui naviguait entre les yeux, le coeur et le pantalon, était bien sûr de finir par toucher la demoiselle, et de lui rendre hommage même.

    À la fin du bal, vers trois heures du matin, Maurice et moi sommes allés boire le café noir chez la Maîtresse d'école, à son appartement, en-dessus de l'école. Et là, ce fut le combat des chefs pour savoir qui resterait avec la demoiselle. J'avais un avantage certain, je vivais à l'extérieur, tandis que Maurice habitait à cinquante mètres de l'école. Sa femme avait un magasin d'alimentation, c'était une personne publique. Difficile dans ces conditions de tenir la place. À cinq heures du matin, Maurice est parti. J'ai pu enfin prendre dans mes bras la demoiselle aux yeux de biche.

    Le lendemain matin, le Président de la Commission scolaire téléphone à Canisia pour lui signifier qu'il n'y avait pas école ce jour-là. C'est vrai qu'il avait énormément neigé. Les enfants déjà arrivés étaient en train d'enlever la neige sur ma belle voiture. Ils sont partis.

    Je suis rentré chez moi à dix heures du matin, prétextant une embardée dans un fossé. J'avais soi-disant dû appeler les paysans du coin pour me sortir de là et ils m'avaient gentiment suggéré de ne pas reprendre le volant dans mon état d'ébriété avancé. J'avais écouté leurs sages conseils. Je ne me suis jamais posé la question de savoir si elle m'avait cru.

    Quand ils ont construit le deuxième silo de Vauderens, ce n'est pas à moi qu'on a adjugé les travaux. C'est une soirée qui finalement m'a coûté très cher. Je ne regrette rien.


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  • tasse chocolat chaudJe perçais le brouillard.
    Le froid était mordant.
    Un bistro savoyard
    Me semblait accueillant.

    Je poussais donc la porte
    Et les odeurs bien chaudes,
    Les saveurs assez fortes
    M'attiraient comme Maud.

    Elle avait les yeux verts,
    Le minois avenant
    Et servait quelques verres
    A bien d'autres passants.

    Pour bien me distinguer
    De toute la smala,
    Je demandai un thé
    Avec un chocolat.

    Elle vint pour le servir,
    S'approchant de ma table
    Et j'ai bien cru mourir
    D'être si pitoyable.

    En effet, j'ai pensé
    Tout à coup malheureux,
    Aux fèves ramassées
    Par tant de miséreux,

    Par des esclaves noirs,
    Par des enfants trahis
    Qui du matin au soir
    Suaient pour ce produit.

    Je voyais le morceau
    Posé auprès du bol
    Et j'ai trouvé très sot
    D'avaler ce symbole.

    Je voulais m'échapper
    Mais elle me sourit
    Et puis je l'ai mangé
    Pour être son mari.

    Nicolas Wharf
    décembre 2013


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  • Il faudrait des milliers de Nelson Mandela
    Pour amener la paix sur un monde en folie.
    Mais quand le soir est là, mais quand la mort est là,
    Il faut penser alors, avec mélancolie,
    Que celui qui vient, cette nuit, de nous quitter
    Etait peut-être unique et qu'il va nous manquer.
    Il faudrait des milliers de bonnes volontés
    Pour enrayer aussi les âmes détraquées
    De dirigeants mesquins et assoiffés de sang
    A qui il manquera le regard du vieux sage.

    Et si sur la planète, ils resteront puissants,
    Ils sauront désormais, que même à un vieil âge
    L'esprit reste plus fort que des tas de canons.
    Ils se rappelleront qu'un seul poing soulevé
    Résiste à l'oppresseur, résiste aux escadrons
    Mieux que tous les fusils et les jets de pavés.
    Il en faudrait beaucoup, des flots de volontaires,
    Il en faudrait beaucoup des sœurs et des cousins
    Pour faire une fratrie des damnés de la terre.
    Il en faudrait beaucoup mais il nous en manque un.

    Nicolas Wharf - 7 décembre 2013


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  • penelopeSeras-tu la compagne d'un lointain marin
    Calme et sereine comme une statue d'airain ?
    Seras-tu une fée pour aimer un fantôme,
    Une ombre passagère, un fugitif atome ?

    Sauras-tu attendre mon passage incertain
    Sans que mon souvenir ne s'efface un matin,
    Ne laissant, sur l'oreiller serré, de ton homme
    Qu'un vague, très, très, très vague et subtil arôme ?

    Auras-tu ce courage immérité et vain
    D'espérer mon passage à l'arrivée d'un train
    Qui viendrait soudain d'un songe de l'au-delà ?

    Non, trois fois, pas pour moi, ne sois pas tout cela,
    Fais plutôt attention au temps, au temps qui passe.
    Et souris à la vie sans être exsangue ou lasse.

    Nicolas Wharf
    22 juin 2011


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