De la poésie libertine...Poésie, pain de l'invisible...
C’est sur des bases solides que fut jeté le premier pont, qui coûta, 1,824 couronnes. Il fut emporté plus tard par une crue subite des eaux.
A cette nouvelle, le syndic s’écria :
Il n’avait pas achevé ces paroles qu’un domestique annonça :
Le Syndic ne connaissant ce personnage que de réputation, sa timidité redoutait bien une telle visite, mais, fonctionnaire public, il voulut être à la hauteur de sa dignité. L’étranger fut donc introduit.
Après les compliments d’usage, chacun s’assit ; le bailli mit ses pieds sur les chenets, le diable posa tout bonnement les siens sur la braise.
Satan réfléchit un instant.
Prenant alors sa meilleure plume et s’appliquant à bien écrire comme à une leçon de calligraphie, il rédigea la convention qui fut ensuite signée par les deux parties contractantes. Le diable s’engageait formellement, par cet acte, à bâtir dans la nuit un pont assez solide pour durer cinq cents ans, et le haut fonctionnaire de la commune concédait, à titre de paiement, l’âme du premier individu qui le traverserait.
Le lendemain, au point du jour, le pont était construit. Le syndic, de bon matin, va vérifier si le travail est bien accompli. Il trouve le pont fort convenable et perçoit à l’extrémité opposée Satan, assis sur une borne et attendant la récompense promise.
Sans poursuivre cet entretien, le syndic ouvre, à l’entrée du pont, les deux sacs qu’il a apportés prudemment sous son bras. Le premier contient des rats de la plus belle espèce ; le second deux chats hargneux élevés à Arconciel ! On juge de l’ardeur des premiers à franchir le pont, du zèle des seconds à les poursuivre et du désappointement du diable.
A la vue du rat, Satan ne sourit pas, mais furieux, il allait détruire son oeuvre quand, se retournant, aperçut une procession venant d’Avry, curé et chapelain en tête. Frémissant de rage, il disparut subitement en jetant à travers les airs cette dernière parole de dépit :
Quant au syndic, il fut depuis cet exploit l’objet de la considération générale, mais la première fois qu’il fouilla son escarcelle, il se brûla vigoureusement les mains.
Tiré du livre Légendes fribourgeoises de Joseph Genoud, Collection Contes et légendes, 2000