De la poésie libertine...Poésie, pain de l'invisible...
On sort un matin, et je m'approche des taxis. C'est là que je retrouve mon chauffeur de taxi du premier jour.
Après une quinzaine de kilomètres, nous arrivons devant une grande église.
Le Père Léon était là, avec sa bure brune, son cordon à la taille et ses sandales, une longue barbe fleurie. Mais il n'était pas seul. Il y avait une vingtaine de personnes, la majorité de jeunes filles, qui vivaient là, au service de l'église et du Père Léon.
Ils nous a invités à rentrer et à s'assoir. J'ai dit :
Il faut dire que les franciscains aimaient bien se démarquer de l'Église Catholique avec laquelle ils avaient parfois des divergences d'opinion.
Elle était belle son église, genre un peu néogothique, avec son beau clocher, un peu bon enfant, mais jolie !
C'était une forêt gentillette, sans danger pour l'homme. Je n'y ai même pas vu une fourmi.
Nous avons dormi à la cure du Père Léon. Le lendemain, nous l'avons quitté.
Fin des vacances, retour en Suisse. Je me souviens encore de l'escale entre Nairobi et Paris. L'avion était bien rempli et Élisabeth et moi n'étions pas assis l'un à côté de l'autre. Sur un banc de trois, j'avais la place du milieu. Côté hublot, une matrone noire d'au moins cent vingt kilos et à droite une autre femme noire, un peu plus légère, mais quand même, nonante kilos. Moi au milieu, heureusement que j'étais mince, ça dure quand même sept heures, Nairobi Paris. Personne ne disait rien, on a mangé, j'ai bu quelques whisky. Après deux ou trois heures, la dame du hublot s'est endormie et sa tête est tombée sur mon épaule, elle se cramponnait à moi. J'ai tenté de la remettre à sa place, délicatement, peine perdue, elle est restée endormie durant une heure puis elle s'est réveillée et m'a regardé avec ses grands yeux noirs, l'air à peine gêné.
Quant au Père Léon, après trente ans d'apostolat, après de bons et loyaux services, sa hiérarchie lui demanda de rentrer au pays pour vivre une vieillesse heureuse.
Mais, le père Léon refusa, comme je le comprends.