Sur mon bateau-livre<br />
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Voguant sur l’onde littéraire,<br />
J’ai jeté l’encre entre ses pages,<br />
Comme un marin dessus la mer<br />
Vient accoster sur le rivage.<br />
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En fuyant le chant des Sirènes<br />
Au gré des vagues sibyllines,<br />
Tel un Ulysse à l’âme en peine,<br />
J’ai bu l’amour entre ses lignes.<br />
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Si le Cap de Bon-Espérance<br />
Tant de pêcheurs ont traversé,<br />
Moi j’ai tant lu -jusqu’à l’outrance-<br />
Et tant de pages j’ai froissé.<br />
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En me baignant dans sa sagesse,<br />
Tout en émoi ou en supplice,<br />
J’ai dégusté jusqu’à l’ivresse<br />
Tous ses rébus avec délice.<br />
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J’ai affronté tous les courants :<br />
De l’Humanisme à La Pléiade,<br />
Jusqu’aux écrits désopilants,<br />
De hâbleries en galéjades.<br />
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En désertant avec panache<br />
Tous les raccourcis de ma vie,<br />
J’ai pu jouer à cache-cache<br />
Et laisser cours à mes envies :<br />
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J’ai coupé les fils de pantin<br />
Entravant mon imaginaire,<br />
Avant qu’un jour un plaisantin,<br />
Sans prévenir, le fasse taire.<br />
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Puis, j’ai renversé tous les murs<br />
Qui bornaient mes incertitudes,<br />
Si j’ai souffert sous leurs morsures,<br />
J’ai retrouvé ma quiétude :<br />
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Embarquant sur mon bateau-livre,<br />
Je me construis tant d’univers,<br />
Un nouveau monde où je suis libre<br />
D’appeler le printemps « hiver ».<br />
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(c) extrait de LE MONDE A MA FENETRE