• Tiré du livre publié par Christiane Kolly :
    Les festins fantastiques des Contes de Gruyère, d'Isabelle Kallenborn.

    Je cherchais depuis un certain temps le témoignage d’une guérisseuse ou d’une sorcière en hommage à Catillon. Par pur hasard, j’ai rencontré Cathy, une dame de 88 ans qui vivait au pied du Mont Gibloux. Elle possède des dons et a guéri beaucoup de gens. Mais elle a bien d’autres atouts et n’hésitait pas à se servir de son grimoire quand il le fallait. J’ai rencontré cette figure de la Gruyère. Elle se nomme Cathy, comme c’est étrange, comme la Catillon. Mais je vais taire son nom de famille car à 88 ans, elle a posé le grimoire et souhaite rester anonyme.

    Je lui ai donné rendez-vous dans un petit village de la Gruyère, pour un jour de novembre. Il faisait beau et quand je suis arrivée, elle était déjà là. Ses cheveux ont la couleur de la sagesse. Son visage inspire la bonté humaine. Elle sent bon l’essence de rose et de violette. À peine ai-je eu le temps de la saluer qu’elle m’a déjà décortiquée en me disant que j’avais une démarche militaire et les pouvoirs des filles de Sion. Pourtant je ne porte ni étoile ni galons d’officier, donc elle est très perspicace en ce qui concerne la reconnaissance ethnique. C’est un don que peu de gens possède et je reconnais en elle le savoir des anciens maîtres de la kabbale.

    Isabelle - Bonjour Cathy et merci d’avoir répondu à mon invitation, vous étiez donc une sorcière de Gruyère dans votre jeunesse ?

    Cathy - Sorcière oui et non, je faisais de la guérison. Je tenais les secrets. Les gens venaient me voir pour des verrues ou des maux de dos. Mais aussi quand le bétail était malade ou qu’il y avait eu des choses étranges, comme la mort inexpliquée de vaches ou de bébé, ou quand une dame voulait que son mari lui reste fidèle, ou qu’il revienne au foyer conjugal. Quand les gens étaient guéris, ils me conseillaient à d’autres gens. J’avais une forte clientèle.

    Isabelle - Donc, on peut guérir les gens par magie ?

    Cathy - Oh oui on peut, car c’est la magie humaine, c’est la religion des anciens. Une maladie quelle qu’elle soit est toujours à 95 pour cent provoquée par celui qui la porte, c’est l’icône de sa souffrance morale. Si on arrive à décrypter cela, on arrive à le guérir. Aujourd'hui, pas mal de thérapeutes ont repris nos vieux trucs de grands-mères. Rien n’a été inventé. Tout est continuité, sauf qu’on donne de nouveaux noms aux choses, c’est tout, Tout à l'heure, je vous ai dit que vous deviez être soldat. Vous auriez pu me dire que j’étais une voyante. Mais comme vous êtes une personne instruite, vous avez compris que je vous avais bien observée. Peu de gens savent faire cette différence Isabelle, c’est pour cela qu’à présent, il y a beaucoup de manipulateurs dans nôtre branche et ils gagnent beaucoup d’argent en exploitant la crédulité des gens.

    Isabelle - Et vous Cathy qui avez conscience de ça, en avez-vous usé pour délier de gros problèmes ?

    Cathy - Bien sûr que j’en ai usé. Ça sert à quoi d’avoir une voiture si on ne la conduit pas ? Mais jamais pour de l’argent, je l’ai toujours fait au service du bien et de la vérité.
    Un jour, une jeune fille est venue me voir. Elle était enceinte et voulait avorter. Comme je n’étais pas faiseuse d’anges, j’ai essayé de la raisonner en lui disant que son bébé serait un cadeau et non un fardeau. Elle a pleuré et m’a dit que son copain ne voudrait pas du bébé. Je l’ai observée et j’ai entendu deux petits cœurs qui battaient et qui demandaient à rester vivants. Tout en lui parlant, j’ai demandé à cette jeune fille huit jours de réflexion, avant d’essayer de trouver une faiseuse d’anges.
    Et regardez Isabelle comme la vie est curieuse et comme le hasard fait bien les choses, L’après-midi de ce même jour, une femme de cinquante ans environ vient me voir pour des maux de tête atroces. Tout en l’observant, je vois que c’est son fils qui lui occupe la tête. Alors, elle se décide à m’en parler un peu. Son fils de trente ans avait fait une grosse bêtise avec une jeune fille de dix-neuf ans. À notre époque, on disait grosse bêtise le fait d’engrosser une jeune fille sans être marié.
    Cette femme avait mal à la tête car c'était son fils unique qui avait engrossé la jeune fille et la rumeur du village disait que la jeune fille ne voulait pas du bébé et que du coup son fils voulait partir loin, très loin du pays. Alors j’ai dit à cette femme que derrière elle, je voyais deux entités d’enfants qui demandaient à leur futur père de demander leur mère en mariage.C’est à cause de cela que cette jeune fille n’avait pas le cœur à garder l’enfant en son sein, eh oui, sur un simple malentendu, la jeune fille voulait avorter. En faisant intervenir la magie qui était en eux, j’ai permis à cette famille d’être heureuse et de faire naître deux beaux petits jumeaux.

    Isabelle - Quelle jolie histoire! Mais expliquez-moi, quand vous dites « en l’observant, j’ai vu qu’il y avait deux petits cœurs qui demandaient à vivre » comment avez-vous vu qu’ils étaient deux ?

    Cathy - La magie permet de parler aux animaux et aux plantes, comme aux entités ou comme aux bébés dans le ventre de leur maman. Mais je ne vais pas apprendre cela à une fille de Sion ? Dans votre religion Isabelle, on autorise et on laisse une place à la magie, alors que dans la religion chrétienne on l’interdit, vous savez pourquoi ?

    Isabelle - J’en ai une petite idée mais je vous laisse vous exprimez!

    Cathy - Parce que dans votre religion, on permet aux gens de pouvoir guérir et d’être autonomes et cela la chrétienté ne pouvait pas le permettre de peur d’être dépassée par les événements. C’est pour cela qu’ils ont brûlé mes sœurs du Moyen-Âge sur les bûchers. À Fribourg, ils ont même fait brûler vif un enfant de dix ans qui avait des dons de voyance. Mais pourtant, ils ont perdu car aujourd'hui les églises sont vides. Des vérités inattendues sont mises à jour et l’inquisition est finie.

    Isabelle - Vous semblez bien conserver une amertume contre l’église ?

    Cathy - Oui, j’ai de la rancœur pour ces gens-là car ils nous ont accusées de danser avec le diable pendant qu’ils assassinaient de pauvres malheureux qui leur rendaient pourtant service. Et même si les bûchers ont été éteints, ils ont continué à nous stigmatiser aux yeux de nos semblables et cela faisait de nous des marginaux qu’il ne fallait pas fréquenter. Pourtant, sans nous, ils n’étaient rien, car quelle aurait été leur raison de vivre si nous n’avions pas existé ?
    Isabelle, le mal ne peut pas exister sans le bien et vice versa. Pourtant les jeux de lumière sont parfois chargés de zones sombres et le mal est là où on s’y attend le moins. Seul l’initié sait le reconnaître et le braver.

    Isabelle - Et vous avez souvent bravé le mal ?

    Cathy - Oh que oui, ainsi que l’intolérance, la cupidité, et la dénonciation. Cette dernière est un sport national ici en Suisse. Les siècles passent mais les gens restent les mêmes vous savez Isabelle, il y a du vrai quand on dit " on change pas une équipe qui gagne ".

    Isabelle - Tiens, vous me tendez la perche Cathy, qu’entendez-vous par cette phrase ? Est-ce le langage des oiseaux ? Et le pratiquez-vous ?

    Cathy - Mais le langage des oiseaux est partout Isabelle, les journalistes en ont fait leur cheval de bataille, les politiciens aussi.
    On ne change pas une équipe qui gagne, et quand je dis que la Suisse est super battante à ce jeu-là. J’en ai fait les frais plusieurs fois.

    Isabelle - Je vous ai proposé de venir boire un café au bistrot d’à coté et vous avez refusé, vous avez peur qu’on entende notre conversation ? Y a-t-il encore des craintes à être dénoncée comme étant sorcière ?

    Cathy - Non, bien entendu. Mais j’ai 88 ans, je ne pratique plus et je ne veux plus qu’on me casse les pieds avec des rumeurs de villages. Les gens savent de quoi j’étais capable. Ils savent aussi que j’ai posé le grimoire.

    Isabelle - Vous avez posé le grimoire, ça veut dire que vous avez passé la main à une autre personne ?

    Cathy - Oui, c’est un peu la vérité. Mais la magie reste en vous toute la vie, c’est comme cela, on ne peut pas s’en débarrasser. C’est comme l’instruction, le savoir. Même si on ne les utilise pas, ils restent malgré tout.

    Isabelle - Vous portez le prénom d’une célèbre sorcière de Gruyère, avez-vous l’impression de lui ressembler et d’être sa digne héritière ?

    Cathy - Je ne suis pas de cette famille. Mais oui, j’ai des traits de son caractère et si des fois j’avais pu, oui j’aurais cédé à la tentation de faire pleuvoir des grenouilles ou des pierres. Mais j’aurais sali mon âme en le faisant et c’est la seule richesse que je possède alors autant ne pas l’entacher.

    Isabelle - On peut faire pleuvoir des grenouilles ?

    Cathy - Votre naïveté est touchante Isabelle. Mais n’y voyez pas de méchanceté de ma part, vous ressemblez à ma petite fille qui aime les contes de fées et qui veut y croire. Non, on ne fait pas pleuvoir des grenouilles. Mais en revanche, on peut provoquer des éboulements très graves, il suffit de s’adresser aux bonnes entités et de leur expliquer le pourquoi de notre demande. C’est ce qu’a fait la Catillon à son époque.

    Isabelle - Donc, pour vous Catillon était bien une sorcière ?

    Cathy - Sans aucun doute, elle en était une, et pas des moindres. Mais je ne vous ai pas raconté que j’ai croisé son fantôme, plusieurs fois ?

    Isabelle - Non, racontez-moi cela.

    Cathy - Plusieurs fois, j’ai croisé la pauvre Catherine. Mais je ne savais pas que c’était elle, car j’étais bien trop jeune, j’avais dix ou douze ans. Je commençais à prendre conscience de mon état d’être. À part cela, je parlais avec ma grand-maman décédée car maman était inconsolable de sa disparition. Ma grand-mère venait me voir pour que je dise des choses à sa fille car elle n'arrivait qu’à se montrer à moi. Je n’avais pas connu ma grand-mère, aussi quand j’ai donné des détails aussi purs à ma mère, elle m’a crue et cela l’a beaucoup aidée.
    Un jour ma grand-mère vint me voir et me dit " Regarde la femme qui est là-bas, c’est une sorcière comme toi. Elle a vécu ici, tout près de ton village et ne sois pas effrayée quand tu la verras. "
    Et c’est ce qui s’est produit. Quand j’avais un doute, Catherine était là. Un soir, dans ma chambre, j’ai vu Catherine entre le troupeau de mon père et un chien enragé. J’ai crié : " Papa, papa, les bêtes vont se faire manger. Vite, cours-y vite papa. " Mon père me prenait toujours au sérieux et s’en alla avec le commis. En effet, le chien du voisin, un énorme chien de berger, était en train d’attaquer un de nos veaux.
    Par contre, quand j’ai raconté comment j’avais pu donner l’alerte, mon père me gifla en me disant « Faut pas que tu parles d’elle dans cette maison, ni ailleurs. » En fait, mon père avait peur pour moi. Mais je n’étais encore qu’une petite fille. Je ne comprenais pas son geste. Puis je l’ai revue plusieurs fois, jusqu'à mon mariage où elle m’a souri et je ne l’ai plus jamais revue.

    Isabelle - Et bien, mes lecteurs vont apprécier ce récit étrange. Cathy, je voudrais vous poser une dernière question, sur l’importance de l’identité culinaire de la région. Est-ce que les contes de fées vont bien avec la gastronomie gruérienne ?

    Cathy - Mais la gastronomie gruérienne, c’est un conte de fées matérialisé, car quand vous croquez dans une meringue avec de la crème double, c’est merveilleux n’est-ce pas ? C’est un peu un conte de fées que vous racontez à votre bouche. Si vous voulez lui raconter une histoire qui fait peur, alors mordez dans du fiel. Oui, les contes de fées et la gastronomie sont indissociables et complémentaires.

    Isabelle - Merci Cathy pour cette belle métaphore et merci d’avoir mis du merveilleux dans mon livre.

    Cathy - Mais ce fut un plaisir Isabelle. De cette façon, je laisse une petite trace sur cette terre. Merci de m’avoir donné l’occasion de le faire.

    J’ai quitté Cathy sous un soleil timide de novembre, en espérant recroiser son chemin en Gruyère ou ailleurs.

     


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  • 15-01-07-Je-suis-Charlie-by-Simon-Giraudot-CCbySa-

    Passage du livre " César, l'éclaireur " de Bernard Montaud :

    • Mais César, on ne peut pas rester les bras croisés. Comment peut-on demeurer indifférent face à tous ces morts ? 
    • Oh ! Tu as raison, on ne peut pas rester les bras croisés. Alors décroisons-les pour embrasser ! C'est ainsi que l'on doit remédier aux guerres : embrasser l'ennemi, au lieu de le tuer.
    • Oui, mais comment ? Ce n'est pas si simple ! Que pouvons-nous faire ? Comment intervenir dans ces guerres qui ont lieu à l'autre bout du monde ?
    • En ne répandant plus toi-même la guerre ici ! Petite Corinne, imagine ! Et s'il existait sur terre deux grandes cuves invisibles ? Une grande cuve de paix et une grande cuve de guerre. Selon toi, comment se rempliraient ces cuves ?
    • Heu ! L'une par nos caresses, et l'autre par nos coups.
    • Tout juste mon amie ! Par nos petites gouttes de paix : les caresses, par nos petites gouttes de guerre : les coups.

    La peur engendre la peur. La haine engendre la haine. L'Amour engendre l'Amour.

    Pour remplir la " cuve d'Amour " et contrebalancer ainsi toutes les pensées de peur, de haine, de vengeance qui émanent dans le monde, je vous propose de participer à une grande chaîne de pensées d'Amour et de prière.

    Nous sommes conscients que nous ne sommes que des petites gouttes d'eau faisant partie d'un même océan. Chacune de ces gouttes d'eau, si petite soit-elle, peut décider d'apporter sa contribution, si invisible soit-elle.

    Avec coeur!


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  • cheval blanc

    Une histoire que Lao Tseu aimait à raconter :
    Un pauvre chinois suscitait la jalousie des plus riches du pays parce qu'il possédait un cheval blanc extraordinaire. Chaque fois qu'on lui proposait une fortune pour l'animal, le vieillard répondait :
    - Ce cheval est beaucoup plus qu'un animal pour moi, c'est un ami. Je ne peux pas le vendre.
    Un jour, le cheval disparut. Les voisins, rassemblés devant l'étable vide donnèrent leur opinion.
    - Pauvre idiot, il était prévisible qu'on te volerait cette bête. Pourquoi ne l'as-tu pas vendue ? Quel malheur !
    Le paysan se montra plus circonspect.
    - N'exagérons rien, dit-il. Disons que le cheval ne se trouve plus dans l'étable, c'est un fait. Tout le reste n'est qu'une appréciation de votre part. Comment savoir si c'est un bonheur ou un malheur ? Nous ne connaissons qu'un fragment de l'histoire. Qui sait ce qu'il adviendra.
    Les gens se moquèrent du vieil homme. Ils le considéraient depuis longtemps comme un simple d'esprit.
    Quinze jours plus tard, le cheval blanc revint. Il n'avait pas été volé. Il s'était tout simplement mis au vert et ramenait une douzaine de chevaux sauvages de son escapade. Les villageois s'attroupèrent de nouveau :
    - Tu avais raison, ce n'était pas un malheur mais une bénédiction.
    - Je n'irais pas jusque là fit le paysan. Contentons-nous de dire que le cheval blanc est revenu. Comment savoir si c'est une chance ou une malchance ? Ce n'est qu'un épisode. Peut-on connaître le contenu d'un livre en ne lisant qu'une phrase ?
    Les villageois se dispersèrent, convaincus que le vieil homme déraisonnait. Recevoir douze beaux chevaux était indubitablement un cadeau du ciel. Qui pouvait le nier ? Le fils du paysan entreprit le dressage des chevaux sauvages. L'un d'eux le jeta à terre et le piétina. Les villageois vinrent une fois de plus donner leur avis.
    - Pauvre ami, tu avais raison. Ces chevaux sauvages ne t'ont pas porté chance. Voici que ton fils unique est estropié. Qui donc t'aidera dans tes vieux jours ? Tu es vraiment à plaindre.
    - Voyons, rétorqua le paysan, n'allez pas si vite. Mon fils a perdu l'usage de ses jambes, c'est tout. Qui dira ce que cela nous aura apporté ? La vie se présente par petits bouts, nul ne peut prédire l'avenir.
    Quelque temps plus tard, la guerre éclata et tous les jeunes gens du village furent enrôlés dans l'armée, sauf l'invalide.
    - Vieil homme, tu avais raison. Ton fils ne peut plus marcher, mais il reste auprès de toi, tandis que nos fils vont se faire tuer.
    - Je vous en prie, répondit le paysan, ne jugez pas hâtivement. Vos jeunes sont enrôlés dans l'armée, le mien reste à la maison, c'est tout ce que nous puissions dire. Dieu seul sait si c'est un bien ou un mal.  


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  • gigot-d-agneauDans ses rideaux tirés, la chambre était chaude et propre. Les deux lampes éclairaient deux fauteuils qui se faisaient face et dont l'un était vide. Sur le buffet, il y avait deux grands verres, du whisky, de l'eau gazeuse et un seau plein de cubes de glace. Mary Maloney attendait le retour de son mari. Elle regardait souvent la pendule, mais elle le faisait sans anxiété. Uniquement pour le plaisir de voir approcher la minute de son arrivée. Son visage souriait. Chacun de ses gestes paraissait plein de sérénité. Penchée sur son ouvrage, elle était d'un calme étonnant. Son teint – car c'était le sixième mois de sa grossesse – était devenu merveilleusement transparent, les lèvres étaient douces et les yeux au regard placide semblaient plus grands et plus sombres que jamais. A cinq heures moins cinq, elle se mit à écouter plus attentivement et, au bout de quelques instants, exactement comme tous les jours, elle entendit le bruit des roues sur le gravier. La porte de la voiture claqua, les pas résonnèrent sous la fenêtre, la clef tourna dans la serrure. Elle posa son ouvrage, se leva et alla au-devant de lui pour l'embrasser.

    • Bonjour, chéri, dit-elle.
    • Bonjour, répondit-il.

    Elle lui prit son pardessus et le rangea. Puis elle passa dans la chambre et prépara les whiskies, un fort pour lui, un faible pour elle-même. De retour dans son fauteuil, elle se remit à coudre tandis que lui, dans l'autre fauteuil, tenait son verre à deux mains, le secouant en faisant tinter les petits cubes de glace contre la paroi. Pour elle, c'était toujours un moment heureux de la journée. Elle savait qu'il n'aimait pas beaucoup parler avant d'avoir fini son premier verre. Elle-même se contentait de rester tranquille, se réjouissant de sa compagnie après les longues heures de solitude. La présence de cet homme était pour elle comme un bain de soleil. Elle aimait par-dessus tout sa mâle chaleur, sa façon nonchalante de se tenir sur sa chaise, sa façon de pousser une porte, de traverser une pièce à grands pas. Elle aimait sentir se poser sur elle son regard grave et lointain, elle aimait la courbe amusante de sa bouche et surtout cette façon de ne pas se plaindre de sa fatigue, de demeurer silencieux, le verre à la main.

    • Fatigué, chéri ?
    • Oui, dit-il. Je suis fatigué.

    Puis il fit une chose inhabituelle. Il leva son verre à moitié plein et avala tout le contenu. Elle ne l'épiait pas réellement, mais le bruit des cubes de glace retombant au fond du verre vide retint son attention. Au bout de quelques secondes, il se leva pour aller se verser un autre whisky.

    • Ne bouge pas, j'y vais ! s'écria-t-elle en sautant sur ses pieds.
    • Rassieds-toi, dit-il.

    Lorsqu'il revint, elle remarqua que son second whisky était couleur d'ambre foncé.

    • Chéri, veux-tu que j'aille chercher tes pantoufles ?
    • Non.

    Il se mit à siroter son whisky. Le liquide était si fortement alcoolisé qu'elle put y voir monter les petites bulles huileuses.

    • C'est tout de même scandaleux, dit-elle, qu'un policier de ton rang soit obligé de rester debout toute la journée.

    Comme il ne répondait pas, elle baissa la tête et se remit à coudre. Mais chaque fois qu'il buvait une gorgée, elle entendait le tintement des cubes de glace contre la paroi du verre.

    • Chéri, dit-elle, veux-tu un peu de fromage ? Je n'ai pas préparé de dîner puisque c'est jeudi.
    • Non, dit-il.
    • Si tu es trop fatigué pour dîner dehors, reprit-elle, il n'est pas trop tard. Il y a de la viande dans le réfrigérateur. Tu pourrais manger ici même, sans quitter ton fauteuil.

    Ses yeux attendirent une réponse, un sourire, un petit signe quelconque, mais il demeura inflexible.

    • De toute façon, dit-elle, je vais commencer par t'apporter du fromage et des gâteaux secs.
    • Je n'y tiens pas, dit-il.

    Elle s'agita dans son fauteuil, ses grands yeux toujours posés sur lui.

    • Mais tu dois dîner. Je peux tout préparer ici. Je serai très contente de le faire. Nous pourrions manger du rôti d'agneau. Ou du porc. Ce que tu voudras. Tout est dans le réfrigérateur.
    • N'y pense plus, dit-il.
    • Mais chéri, il faut que tu manges! Je vais préparer le dîner et puis tu mangeras ou tu ne mangeras pas, ce sera comme tu voudras.

    Elle se leva et posa son ouvrage sur la table, près de la lampe.

    • Assieds-toi, dit-il. J'en ai pour une minute. Assieds-toi.

    C'est alors seulement qu'elle commença à s'inquiéter.

    • Assieds-toi, répéta-t-il. Elle se laissa retomber lentement dans son fauteuil, ses grands yeux étonnés toujours fixés sur lui. Il avait fini son second whisky et regardait le fond de son verre vide en fronçant les sourcils.
    • Écoute, dit-il. J'ai quelque chose à te dire.
    • Quoi donc, chéri ? Qu'y a-t-il ?

    A présent, il se tenait absolument immobile, la tête penchée en avant. La lampe éclairait la partie supérieure de son visage, laissant la bouche et le menton dans l'ombre. Elle remarqua le frémissement d'un petit muscle, près du coin de son œil gauche.

    • Je crains que cela te fasse un petit choc, dit-il. Mais j'ai longuement réfléchi pour conclure que, la seule chose à faire, c'était de te dire la vérité. J'espère que tu ne me blâmeras pas trop.

    Et il lui dit ce qu'il avait à lui dire. Ce ne fut pas long. Quatre ou cinq minutes au plus. Pendant son récit, elle demeura assise. Saisie d'une sourde horreur, elle le vit s'éloigner un peu plus à chaque mot qu'il prononçait.

    • Voilà, c'est ainsi, conclut-il. Et je sais que je te fais passer un mauvais moment, mais il n'y avait pas d'autre solution. Naturellement, je te donnerai de l'argent et je ferai le nécessaire pour que tu ne manques de rien. Inutile de faire des histoires. J'espère qu'il n'y en aura pas. Ça ne faciliterait pas ma tâche.

    Sa première réaction était de ne pas y croire. Tout cela ne pouvait être vrai. Il n'avait rien dit de tout cela. C'est elle qui avait dû tout imaginer. Peut-être, en refusant d'y croire, en faisant semblant de n'avoir rien entendu, se réveillerait-elle de ce cauchemar et tout rentrerait dans l'ordre. Elle eut la force de dire :

    • Je vais préparer le dîner.

    Et cette fois, il ne la retint pas. En traversant la pièce, elle eut l'impression que ses pieds ne touchaient pas le sol. Elle ne ressentit rien, rien excepté une légère nausée. Tout était devenu automatique. Les marches qui la conduisaient à la cave. L'électricité. Le réfrigérateur. Sa main qui y plongea pour attraper l'objet le plus proche. Elle le sortit, le regarda. Il était enveloppé. Elle retira le papier. C'était un gigot d'agneau. Bien. Il y aurait du gigot pour dîner. Tenant à deux mains le bout de l'os, elle remonta les marches. Et lorsqu'elle traversa la salle de séjour, elle aperçut son mari, de dos, debout devant la fenêtre. Elle s'arrêta.

    • Pour l'amour de Dieu, dit-il sans se retourner, ne prépare rien pour moi. Je sors.

    Alors, Mary Maloney fit simplement quelques pas vers lui et, sans attendre, elle leva le gros gigot aussi haut qu'elle put au-dessus du crâne de son mari, puis cogna de toutes ses forces. Elle aurait pu aussi bien l'assommer d'un coup de massue. Elle recula. Il demeura miraculeusement debout pendant quelques secondes, en titubant un peu. Puis il s'écroula sur le tapis. Dans sa chute qui fut violente, il entraîna un guéridon. Le tintamarre aida Mary Maloney à sortir de son état de demi-inconscience, à reprendre contact avec la réalité. Étonnée et frissonnante, serrant toujours de ses deux mains son ridicule gigot, elle contempla le corps.

    • Ça y est, se dit-elle. Je l'ai tué.

    Son esprit était devenu soudain extraordinairement clair. Épouse de détective, elle savait très bien quelle peine elle risquait. Cela ne l'inquiétait nullement. Cela serait plutôt un soulagement. Mais l'enfant qu'elle attendait ? Que faisait la loi d'une meurtrière enceinte ? Tuait-on les deux, la mère et l'enfant ? Ou bien attendait-on la naissance ? Comment procédait-on ? Mary Maloney n'en savait rien. Elle était loin de s'en faire une idée. Elle alla dans sa cuisine, alluma le four et mit le gigot à rôtir. Puis elle se lava les mains et monta dans sa chambre en courant. Là, elle s'assit devant sa coiffeuse, se donna un coup de peigne, se repoudra et mit un peu de rouge à lèvres. Elle tenta de sourire. Le résultat fut lamentable. Elle fit une nouvelle tentative.

    • Bonjour, Sam, dit-elle, joyeusement, à haute voix.

    La voix, comme le sourire, lui parut dépourvue de naturel.

    • Pourriez-vous me donner quelques pommes de terre ? Et puis une boîte de petits pois ?

    Cela allait mieux. Pour le sourire et pour la voix. Elle répéta plusieurs fois son petit texte. Puis elle descendit, prit son manteau, sortit par la petite porte, traversa le jardin pour se trouver dans la rue. Il n'était pas tout à fait six heures et l'épicerie était encore éclairée.

    • Bonsoir, Sam, dit-elle joyeusement à l'homme qui se trouvait derrière le comptoir.
    • Bonsoir, Mrs. Maloney. Comment allez-vous ?
    • Pourriez-vous me donner quelques pommes de terre ? Et puis une boîte de petits pois ?

    L'homme lui tourna le dos pour descendre du rayon la boîte de petits pois.

    • Patrick a décidé de ne pas sortir ce soir, il est trop fatigué, dit-elle. D'habitude, nous sortons le jeudi soir, vous savez bien. Et je m'aperçois que je n'ai pas de légumes à la maison.
    • Et de la viande, Mrs. Maloney, vous n'en prenez pas ?
    • Non, merci, j'en ai. J'ai un beau gigot congelé.
    • Ah!
    • Au fond, je n'aime pas tellement faire cuire de la viande congelée, Sam. Mais, cette fois-ci, je vais essayer. Qu'en pensez-vous ?
    • Personnellement, dit le commerçant, je ne crois pas qu'il y ait une différence. Voulez-vous de ces pommes de terre de l'Idaho ?
    • Oh oui, ça ira très bien.
    • Et avec ça ? demanda l'épicier en souriant. Comme dessert ?

    Qu'allez-vous lui donner comme dessert ?

    • Eh bien..., que me conseillez-vous, Sam ?

    L'épicier passa en revue ses rayons.

    • Ce beau gâteau au fromage, par exemple ? Je crois savoir qu'il aime ça.
    • Parfait, dit-elle. Il adore le gâteau au fromage.

    Puis, après avoir payé, elle dit avec un sourire radieux :

    • Merci, Sam. Bonsoir !
    • Bonsoir, Mrs. Maloney. Et merci !

    Dans la rue, elle pressa le pas. Elle se dit qu'elle allait retrouver son mari qui l'attendait à la maison. Elle se dit encore qu'il fallait bien réussir le dîner parce que le pauvre homme était fatigué. Alors, si, en rentrant, elle allait trouver quelque chose d'insolite, de tragique ou d'épouvantable, elle serait tout naturellement bouleversée, elle deviendrait folle de chagrin et de terreur. Elle rentrait chez elle, simplement, comme n'importe quel autre jour, après avoir fait ses provisions. C'est Mrs. Maloney qui vient d'acheter des légumes et qui rentre à la maison, un jeudi soir. Elle rentre chez elle où l'attend son mari. Elle va préparer un bon repas. « C'est la seule chose à faire, se dit-elle Me conduire avec naturel et simplicité Être naturelle. Comme ça, pas besoin de jouer la comédie. » C'est donc en fredonnant un petit air joyeux qu’elle entra dans sa cuisine par la petite porte.

    • Patrick ! cria-t-elle. J'arrive !

    Elle posa son paquet sur la table et passa dans la salle de séjour. Et lorsqu'elle le vit, étendu par terre, les jambes en bataille, un bras replié, ce fut réellement un choc assez violent. Elle sentit rejaillir en elle tout un torrent d'amour perdu de tendresse ancienne. Elle courut vers le corps tomba à genoux et se mit à pleurer à chaudes' larmes. C'était facile. Pas nécessaire de jouer la comédie. Au bout de quelques minutes, elle se leva et alla au téléphone. Elle savait par cœur le numéro du poste de police. Et lorsqu'elle entendit une voix au bout du fil, elle dit en pleurant :

    • Venez vite ! Patrick est mort !
    • Qui est à l'appareil?
    • C'est Mrs. Maloney. La femme de Patrick Maloney.
    • Vous voulez dire que Patrick est mort ?
    • Je le pense, sanglota-t-elle. Il est étendu par terre et je crois qu'il est mort.
    • On arrive, dit la voix.

    Le car arriva en effet très vite et lorsqu'elle ouvrit la grande porte, elle tomba tout droit dans les bras de Jack Noonan, en pleurant avec hystérie. Il l'aida gentiment à s'asseoir sur sa chaise, puis il alla rejoindre son collègue qui venait de s'agenouiller près du corps.

    • Est-il mort ? sanglota Mary.
    • Je le crains. Que s'est-il passé ?

    Elle raconta brièvement qu'elle était descendue chez l'épicier et qu'elle avait trouvé Patrick étendu par terre en rentrant. En écoutant son récit coupé de sanglots, Noonan découvrit une paillette de sang gelé sur les cheveux du mort. Il la montra aussitôt à O'Malley, qui se leva et courut au téléphone. Peu après, d'autres hommes envahirent la maison. Un médecin, puis deux détectives. Mary en connaissait un de nom. Le photographe de la police arriva et prit des clichés. Ensuite ce fut le tour de l'expert chargé de prendre les empreintes digitales. Il y eut de longs chuchotements autour du cadavre et Mary dut répondre à d'innombrables questions. Mais tout le monde la traita avec beaucoup de gentillesse. Il fallut qu'elle racontât de nouveau son histoire, depuis le début. L'arrivée de Patrick alors qu'elle était assise dans son fauteuil en cousant. Il était fatigué, si fatigué qu'il n'avait pas eu envie de dîner dehors. Elle raconta comment elle avait mis le gigot au four - II y est toujours - et comment elle était descendue chez l'épicier. Et comment, en rentrant, elle avait trouvé son époux gisant sur le tapis.

    • Quel épicier? demanda l'un des détectives.

    Elle le lui dit et il parla à voix basse à l'autre détective qui, aussitôt, quitta la maison. Il revint au bout d'une quinzaine de minutes avec une page de notes. Il y eut d'autres chuchotements, et, à travers ses sanglots, elle put capter des bribes de phrases : Comportement absolument normal... très enjouée... voulait lui préparer un bon dîner... petits pois... gâteau au fromage... impossible qu'elle... Un peu plus tard, le photographe et le docteur prirent congé. Deux autres policiers firent leur entrée pour emporter le corps sur un brancard. Puis l'homme aux empreintes digitales se retira à son tour. Les deux détectives restèrent, ainsi que les deux agents. Ils étaient tous remarquablement gentils et Jack Noonan voulut savoir si Mary n'avait pas envie de quitter la maison, d'aller, par exemple, chez sa sœur ou, peut-être, chez sa femme à lui qui prendrait soin d'elle et qui l'accueillerait volontiers pour la nuit.

    • Non, dit-elle.

    Elle lui expliqua qu'elle ne se sentait pas la force de bouger. Qu'elle aimerait mieux rester où elle était pour l'instant. Qu'elle ne se sentait pas bien. Pas bien du tout. Jack Noonan lui demanda alors si elle ne voulait pas se mettre au lit.

    • Non, répondit-elle encore.

    Elle préférait rester dans son fauteuil. Un peu plus tard peut-être, quand elle se sentirait mieux, elle prendrait une décision. insi ils l'abandonnèrent dans son fauteuil pour aller fouiller la maison. Mais, de temps à autre, l'un des détectives revenait pour lui poser une question. Jack Noonan revint à son tour et lui parla doucement. Son mari, lui dit-il, avait été tué d'un coup violent sur le crâne, administré à l'aide d'un instrument lourd et contondant, probablement en métal. Ils étaient actuellement à la recherche de cet objet. L'assassin avait pu l'emporter avec lui, mais il avait pu aussi bien s'en débarrasser sur les lieux.

    • C'est une vieille histoire, dit-il. Trouvez l'arme et vous tenez le bonhomme !

    Plus tard, l'un des détectives remonta de la cave et vint s'asseoir près d'elle. Il lui demanda si, à sa connaissance, il existait dans la maison un objet ayant pu servir d'arme. Et si cela ne l'ennuyait pas d'aller voir s'il ne manquait rien, une grosse clef anglaise, par exemple. Ou un vase de métal. Elle lui dit qu'elle n'avait jamais eu de vase de métal.

    • Et une clef anglaise ?

    Elle ne pensait pas en avoir. A moins qu'il n'y en eût une au garage. Les recherches reprirent. Elle savait que d'autres policiers se trouvaient au jardin, tout autour de la maison. Elle entendait le gravier grincer sous leurs pas et, de temps à autre, elle entrevoyait la lueur de leurs torches par une fente du rideau. Il était tard. Près de neuf heures. Après tant de vaines recherches, les quatre policiers parurent un peu exaspérés.

    • Jack, dit-elle lorsqu'elle vit entrer le sergent Noonan. Auriez-vous la gentillesse de me donner à boire ?
    • Mais certainement ! C'est du whisky que vous voudriez ?
    • Oui, s'il vous plaît. Mais très peu, rien qu'un doigt ! Je me sentirai peut-être mieux après.

    Il lui tendit le verre.

    • Pourquoi n'en prenez-vous pas vous-même ? dit-elle. Vous devez être terriblement fatigué.
    • C'est que, fit-il, ce ne serait pas strictement régulier. Mais j'en prendrais bien une goutte, pour rester en forme.

    Un autre homme entra. Après quelques encouragements, ils étaient tous là, debout, tenant gauchement leur verre à la main. Intimidés par la présence de la veuve, ils s'efforçaient de prononcer des mots réconfortants. Puis le sergent Noonan alla faire un tour à la cuisine. Il revint aussitôt et dit :

    • Vous savez, Mrs. Maloney, votre four est toujours allumé et la viande est dedans !
    • Oh ! mon Dieu ! s'écria-t-elle, c'est vrai !
    • Voulez-vous que j'aille l'éteindre ?
    • Vous seriez très gentil, Jack. Merci mille fois.

    Lorsque le sergent Noonan revint pour la seconde fois, elle leva sur lui ses grands yeux sombres et mouillés.

    • Jack Noonan, dit-elle.
    • Oui?
    • Voulez-vous me rendre un petit service, vous et vos collègues ?
    • Certainement, Mrs. Maloney.
    • Eh bien, dit-elle, vous êtes tous des amis de mon pauvre Patrick et vous êtes ici pour m'aider à trouver son assassin. Vous devez avoir faim, après tant d'heures supplémentaires, et je sais que mon pauvre Patrick ne me pardonnerait jamais de vous recevoir ici sans rien vous offrir. Pourquoi ne mangeriez-vous pas le gigot qui est au four ? Il doit être cuit à point.
    • Impossible d'accepter... bredouilla Jack Noonan.
    • S'il vous plaît, supplia-t-elle, faites-le pour moi. Moi-même, pas question que je touche à quoi que ce soit. Tout me fait trop penser à lui. Mais vous, c'est différent. Vous m'aurez rendu un immense service. Et ensuite, vous pourrez vous remettre au travail.

    Les quatre policiers eurent un long moment d'hésitation ; mais comme ils mouraient tous de faim, ils finirent par se laisser convaincre. Ils se rendirent à la cuisine pour attaquer le gigot. La jeune femme demeura à sa place, ce qui lui permit de les écouter par la porte entrouverte. Elle put ainsi les entendre parler, la bouche pleine, de leurs grosses voix pâteuses.

    • Un autre morceau, Charlie ?
    • Non. Vaut mieux ne pas tout manger.
    • Elle veut qu'on mange tout. C'est ce qu'elle a dit. Ça lui rend service.
    • Bon, si ça lui rend service, passe-moi encore un petit bout.
    • Qu'est-ce qu'il a bien pu avoir comme gourdin, le type qui a bousillé le pauvre Patrick ? dit l'un d'eux. Le toubib dit qu'il a une partie du crâne en miettes, comme broyée à coups de marteau.
    • On finira bien par trouver.
    • C'est ce que je pense aussi.
    • Qui que ce soit, il n'a pas pu aller loin avec son truc. Un truc comme ça, on ne le trimbale jamais plus longtemps qu'il ne le faut. L'un d'eux éructa.
    • A mon avis, la chose doit se trouver ici, sur les lieux mêmes.
    • Probablement. Nous devons l'avoir sous le nez. Tu ne crois pas, Jack ?

    Dans la pièce voisine, Mary Maloney se mit à ricaner.


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