• Une lettre par mois c'est ici 

    Ky Paris 10-2014 01
     
    Mon côté griotte !

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    ... nous sommes le tout, nous sommes le plus, nous sommes le moins, ainsi nous sommes amant, bourreau, charmeur, démon, élève, frondeur, goujat, hilare, imitateur, joyeux, koala, lumière, monstre, numéro, opaque, puissant, quidam, rustre, savant, titan, unique, voyeur, watt, xérès, you, zouave. Tout est une question de choix, et qui dit choix dit conséquences, et qui dit conséquences dit responsabilité, alors, bonne continuation.
    Christiane Kolly - 22 mai 2014


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  • Elle avait alors 18 mois.

    Quand je suis arrivée, elle a d'abord été timide durant deux minutes, en regardant un peu le sol. Après, quand elle s'est laissée aller, quelle joie pour moi... Elle court et on dirait qu'il y a un petit ressort sous chacun de ses pieds qui la fait légèrement rebondir à chaque pas. Elle se lance dans mes bras avec une totale confiance. Elle se laisse embrasser, câliner, serrer, retourner et elle rit, elle rit de ce rire qui vous ouvre le coeur et y met du baume... de la vie pure, du bonheur pur, de la joie pure, de l'amour pur!

    Promenade au bord du lac Léman

    Nous marchons le long de la rive, là où un mur a été construit, haut d'un mètre, pour séparer le sol des quelques grosses pierres qui garnissent le rivage et se font laver, dans un mouvement éternel, par l'eau. Elle veut marcher sur le mur, mais pas trop, elle est déjà devenue prudente, souvenir de chutes! Ou alors c'est moi qui, en lui disant "attention, pas tomber, ça fait mal", lui rappelle ou lui suggère la prudence!
    Elle ramasse des feuilles mortes et c'est joli de voir qu'elle veut en garder beaucoup mais qu'à mesure qu'elle se baisse pour en ramasser, elle en perd d'autres.
    Plus loin, quelques arbustes et une petite plage de sable avec des canards, car nous sommes venues pour voir les canards... Et bien non, ce sont des mouettes... c'est bien aussi les mouettes! Elle n'arrive pas à dire, pour elle ce sont des "m'et"... Un peu plus tard un col vert nous fait l'honneur de son passage! On ramasse quelques pierres, pour les lancer dans l'eau et entendre le "plaf". Pauline, avec un énorme effort lance sa pierre à vingt centimètres d'elle... Alors je fais provision de pierres et on s'installe sur un petit rocher. Ma réserve ne fait pas long feu. Je crois entendre un "encore"... je ne peux pas la laisser seule sur ce rocher... alors c'est sous mon bras qu'elle se retrouve pour retourner aller chercher d'autres pierres et on recommence... C'est merveilleux comme les enfants peuvent aimer quelque chose de simple un long moment... encore et encore et encore des pierres... et encore des "plaf" dans l'eau...
    Nous prenons le chemin du retour, un petit sentier entre deux pentes et soudain, dans toute sa majesté, un cygne glisse sur l'eau et se dirige vers le rivage... Demi tour vers la plage! Avec prudence, nous approchons le palmipède. Lui aussi avec prudence vient vers nous! A un mètre, tout le monde s'arrête, il balance son long cou de gauche à droite, déploie ses ailes pour nous faire découvrir sa belle envergure, nous salue, se retourne et après quelques pas glisse à nouveau sur l'eau avec majesté. Pauline aurait voulu le toucher, j'ai préféré la retenir.
    Nous remontons vers notre sentier puis vers un autre mur, haut de cinquante centimètres... Pauline marche sur le mur, je lui donne la main... puis elle court, elle adore courir...
    Soudain, un écureuil est là, qui fait sa réserve, enfin c'est ce qu'on dit! Je mets un doigt devant ma bouche : chut! Et on regarde l'écureuil! Elle a une envie spontanée de courir vers l'écureuil pour le saluer, le toucher, le regarder... "Il va partir, attends". Et nous regardons jusqu'à ce qu'il décide de grimper dans son arbre...
    Pauline tend ses deux bras vers moi... la fatigue doit la gagner, elle frotte ses yeux et pose sa tête sur mon épaule! ça aussi c'est divin!
    Quelques mètres plus tard je suggère "tu marches" et je joins le geste à la parole... Là encore, sur le chemin du retour, elle s'arrête sur chaque fleur, piquet, chaine... "la route c'est pour les voitures, le trottoir c'est pour nous"... et, malicieusement, elle met son petit pied à ras bord du trottoir et me regarde! "Non, la route c'est pour les voitures"... "d'a'c'or" et elle court vers moi! Pauline coquine... c'est son deuxième prénom m'a dit ma fille!


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  • Petit verre tout givre

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  • L'hirondelle et la dinde - Christiane KollyIl était une fois une hirondelle dont la grâce, l'adresse, l'intelligence et la beauté étaient connues de loin. Elle était née dans une ferme. Ses parents avait construit un nid contre une poutre, à quatre mètres de hauteur.

    Après quelques semaines de joyeux cris et surtout de nourriture sans cesse apportée par les parents, la petite hirondelle prit son vol. Quelle joie de voler, de monter, de monter encore, de voir le monde de plus haut, puis de faire des arabesques en redescendant, de se laisser porter par un courant, de se poser sur un fil un instant et de recommencer de plus belle.

    Un jour, elle commença l'entraînement pour le départ. Elle ne savait pas quel départ, ce n'était pas important pour elle d'ailleurs. Ce qui lui plaisait c'était de voler avec ses semblables, en rangs serrés, en dégradés, comme pour former une unité.

    Et elle est partie. Le printemps suivant, elle revint au même endroit, dans la même ferme. Dans la basse-cour de cette ferme, une dinde est née. Elle était mignonne, elle faisait elle aussi le bonheur de sa famille. Elle se mit à regarder l'hirondelle. Elle essayait de voler comme elle. Mais bien sûr, pour une dinde, c'est plus difficile. Partout où elle allait, les gens lui disaient:

    Tu as vu comme elle est belle l'hirondelle ?
    Où est-elle, cela fait un moment que je ne l'ai vue ?
    Elle est encore partie en voyage ?
    Ça faisait enrager la petite dinde. Son orgueil en prenait un coup :

    C'est vraiment trop injuste, ils n'en ont tous que pour cette hirondelle, et moi alors, je compte pour beurre dans cette histoire ?
    Personne ne se soucie de moi ? Toujours cette hirondelle…
    Je vais bien trouver un moyen de lui enlever de sa superbe !
    Et elle se mit à jalouser l'hirondelle que tout le monde regardait avec admiration et dont on enviait la grâce et la liberté.

    Vous ne voyez pas, elle ne pense qu'à voler !
    Elle ne s'occupe pas de vous, elle ne fait jamais rien pour vous, c'est moi qui suis là pour vous !
    C'est une égoïste, et elle n'en fait qu'à sa tête !
    Et puis, l'hirondelle commença à avoir quelques difficultés. Elle s'était cassé une patte et elle se remettait lentement. Elle volait avec moins de facilité.
    Elle se souciait peu de ce que pouvait penser la dinde. Un peu candide, elle la croyait son amie. Alors, elle se posa dans la basse-cour et lui dit :

    Bonjour la dinde, es-tu d'accord de m'appuyer, je dois construire mon nid ! Il faut que je me protège pour guérir tout-à-fait, que je dorme dans un coin bien douillet.
    Tu veux bien dire au fermier que je suis une bonne hirondelle, que malgré mon handicap, je vais faire de mon mieux.
    Je pense que je vais y arriver seule, mais si j'en avais besoin, tu me donnerais un coup de main ?
    La dinde accepta.
    Et la série noire continua pour l'hirondelle. Le nid qu'elle avait construit avec peine, elle dut le quitter. Elle se retrouva même en difficultés avec le fermier. Elle ne pouvait plus, comme elle lui avait promis, faire de jolies arabesques pour le divertir en reconnaissance de la place qu'il lui laissait occuper.
    Elle se souvint alors de la promesse faite par la dinde. Elle lui demanda de l'aide.
    La dinde tenait sa vengeance. Elle pouvait enfin damer le pion à ce volatile insouciant. Elle alla même vers le fermier et lui dit :

    L'hirondelle à la patte cassée est partie, vous avez vu ?
    Nous allons la dresser. Je sais où elle est. Vous pouvez exiger d'elle qu'elle s'acquitte de sa dette. Même avec une patte un peu de travers, elle doit quand même pouvoir voler.
    Nous allons faire un plan pour la ramener dans les rails, cette voyageuse sans cervelle.
    Et ce fut fait ainsi. Avec le fermier, elle l'obligea malgré son handicap, à voler devant eux. Quelle humiliation, ses vols n'avaient plus la même élégance et de loin. La dinde en parla dans toute la basse-cour. Elle avait réussi à faire descendre l'hirondelle de sa grandeur. Elle tenait sa vengeance, la belle hirondelle avait enfin perdu de sa superbe.
    Depuis, l'hirondelle évite la basse-cour, là où elle croyait pouvoir se reposer quand elle était fatiguée, là où elle croyait pouvoir trouver de l'aide quand elle en avait besoin.
    Peut-être même qu'elle a peur d'y retourner, se disant que, en tant qu'hirondelle, soit on vole haut, beau et loin à l'arrivée de chaque hiver, soit on disparaît, pour laisser les dindes tranquilles.

    Moralité : Si vous avez une patte cassée, prenez le temps de bien observer avant de mettre aussi la tête sur un billot !

    Christiane Kolly
    11 août 2011
    Romont

    Thea - L'hirondelle et la dinde


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  • Ravioli à la vapeur. Les chinois savent décidément l'art de la cuisine.
    Des familles… des couples… et moi. Alors, je regarde et j'écoute.
    Une femme qui parle beaucoup, avec un homme qui écoute beaucoup…
    Un couple… tient, elle a les cheveux blancs, comme moi, sauf qu'elle doit avoir 20 ans de moins…
    Une famille, je vois une jeune fille qui n'en peut plus de regarder l'aquarium… c'est vrai que les poissons sont jolis… spécialement un grand jaune et bleu qui fait des pirouettes… je me demande s'il n'a jamais connu la liberté ou s'il ne sait rien d'autre que la vie en aquarium… Est-ce que ça peut être malheureux parce qu'il est enfermé dans un aquarium, un poisson? Est-ce que ça peut être malheureuse, ou mélancolique, une jeune fille qui regarde les poissons de l'aquarium… Peut-être… ou alors elle s'ennuie profondément… seulement elle n'ose pas dire qu'elle s'ennuie… que les banalités qui se racontent à sa table ne l'intéressent pas… ou alors, elle ne prend même pas la peine d'écouter, puisque les poissons ça l'intéresse plus que les humains…
    Une autre famille… trois générations… une adorable petite fille qui convoite malicieusement la carotte méticuleusement sculptée qui décore mon plat de poisson… elle a d'ailleurs eu un air désolé quand elle a vu que le plat avait disparu… j'avais bien eu l'idée lui proposer la carotte… je ne l'ai pas fait… La génération des parents… deux femmes l'une très consciente de son rôle de mère : "mange la carotte, mon chéri, c'est bon pour la vue…" et l'autre qui a l'air de juste débarquer d'une autre planète, qui dit à son mari "tu m'emmerdes, mon chéri" alors qu'il rétorque "vous savez, quand elle me dit tu te souviens mon cœur… c'est celui d'une bijouterie…" la belle sylphide me lance un regard du style "vous avez vu comme il est grossier, vous avez vu comme je m'ennuie sur cette planète" en quittant le restaurant… Et les hommes de la génération, quand ils sortent à la terrasse, au bord de l'Arve qui coule majestueusement à cet endroit, ils me lancent un regard de conquistador… ça me fait plaisir, je dois plaire encore… c'est la génération du pouvoir, ils se sont disputé l'adition… Et les grands-parents… tiens, les femmes plus tard, sont plus en forme que les hommes… il me lance un regard – ou alors je suis un peu télépathe – la vie passe si vite, je n'ai pas compris l'essentiel, et maintenant que mon corps devient défaillant (il ne l'a certainement pas écouté), je tente de revenir à ce qui est important, mais j'ai le sentiment que je suis tout seul…
    Et moi, avec mon eau minérale et ma demi bouteille de rosé, je passe un bon moment parmi tous ces humains… la nature est belle, à la route du Pas de l'Echelle 2, à 1255 Veyrier…
    Et je rentre dans mon antre, écrire un peu… et puis dormir un peu…

    Christiane Kolly
    17 juin 2007
    Conches


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  • Un gros rocher. Oui, c'est vraiment un très gros rocher : cinq six mètres de hauteur qui augmente en direction de la montagne, vers la droite. De l'autre côté, les hommes ont remplacé la suite naturelle du monstre de pierres par un pont.

    Une longue ligne droite, environ trois cents mètres qui permet de prendre de la vitesse, un virage à gauche à trente degrés qui prend fin sous le pont. Au volant de ma voiture, je roule assez vite sur la ligne droite. Je vois le rocher, comme pour la première fois. Il me fascine. Une fraction de seconde pour me dire mais voilà la solution, tu ne tournes pas le volant et envolés les problèmes, disparues les disputes, éliminées les angoisses existentielles, la fin du tunnel où il n'y a pas de petite lumière qui indique l'autre extrémité, la liberté... Une autre fraction de seconde et deux petits visages me sourient, perplexes? Non, non, non. La lutteuse revient. Tu ne vas pas te laisser abattre, abandonner, tu es forte, tu as de la volonté. Arrête tes conneries. Et, comme malgré moi, mes mains font leur travail. Je vire à gauche et passe sous le pont.

    Seigneur, j'ai eu envie de me suicider ? La situation est grave. Où est mon instinct de conservation, si présent d'habitude. Comment ai-je fait pour en arriver là ? La mélancolie me guette et je sens chaque jour mes forces diminuer. Il est grand temps de réagir. Un jour l'appel du rocher sera peut-être plus fort, saurai-je lui résister et ne pas succomber à la tentation ?

    Un appartement dans une maison vieille d'une trentaine d'années, trois pièces, cuisine, toilettes et salle de bains, nous vivons là, mon mari, mes deux fillettes et moi depuis quelques mois. Nous avons repris un salon de coiffure qui se trouve sous l'appartement. Je rentre, heureuse de retrouver mes petites nanas. Elles courent vers moi et m'embrassent en me serrant fort. Quel bien cela fait...
    - Où est papy ?
    - Au bistrot.

    Je respire profondément. Un moment de répit avant l'affrontement devenu quasi quotidien entre nous et en même temps, je ne comprends pas la désinvolture de celui qui a la responsabilité, en attendant que j'aie terminé cette école de coiffure, de faire tourner la boutique. Pourquoi est-il en train de faire le paon au café du coin alors que des clients pourraient avoir envie de se faire couper les cheveux, un salon de coiffure, c'est quand même fait pour cela. Pour les gens qui passent devant la vitrine et voient trop souvent l'écriteau " Je reviens dans dix minutes ", les réflexions doivent aller bon train :
    - il n'est jamais là...
    - il ne va pas faire long feu ici...
    - ce n'est pas sérieux, il est toujours au bistrot.

    Profitant du calme, alors que mes filles jouent derrière la maison, je m'allonge et réfléchis. La situation est grave. Nous avons fait une erreur en venant dans ce village. Ce n'est pas en changeant de lieu et de travail que l'on résout une problème si profond. Mais que faire? La communication entre lui et moi est devenue si difficile.

    Une petite sonnette résonne toujours dans ma tête et je me questionne. Si tu ne réagis pas, ma vieille, tu vas mourir. Tu vas le quitter, il n'y a pas d'autre solution. Et les filles, elles ne verront plus beaucoup leur papa, tu n'as pas le droit de faire cela. Et pourtant, ne vaut-il pas mieux une maman seule que des parents qui se comprennent si mal et se disputent si souvent. Résiste encore un peu, prends ton courage à deux mains.

    Dans ma tête, ça bourdonne de plus en plus, mais, au milieu de ce foisonnement, j'entends soudain une petite musique de délivrance, je vois une lumière minuscule au bout du tunnel. La certitude d'avoir été aux limites de ma résistance me donne le feu vert pour réagir, pour oser espérer un avenir meilleur. Mais comment faire ?

    Divorcer, les avocats, les séances au tribunal, les amis communs à qui l'on demande de témoigner, le partage des biens, j'en ai entendu parler, ça ne va pas être simple. Je n'ai pas d'autre solution. J'ai touché le fond, je ne peux que remonter.

    Je l'entends qui rentre. Mon coeur bat la chamade. Si je ne dis rien, la soirée peut être agréable. Je vais me taire.
    - Salut, tu as eu une bonne journée ?
    - Oui, c'est tranquille, mais je me plais beaucoup ici, les gens sont agréables et je me suis fait beaucoup de copains.
    - Les affaires vont bien ? Tu vas chercher les clients au bistrot ?

    Je n'ai pas pu me taire devant tant d'irresponsabilité. Un homme, chef de famille, fort, toujours prêt à se battre, solide, c'est comme cela que je l'imaginais. M'aurait-on raconté des histoires ?
    - Ah ne recommence pas avec cela, tu sais bien que c'est le début et, quand tu auras terminé l'école et que tu seras présente toute la journée, ce sera plus facile. Aujourd'hui, je suis cloué à la maison avec les filles. Il est normal que, de temps en temps, j'ai envie de voir du monde.
    - De temps en temps ? Quand je serai présente toute la journée, tu auras la belle vie, tu pourras t'absenter encore plus souvent ?
    - J'en ai marre de tes éternels reproches. Je sors.

    Deux paires d'yeux me fixent. De l'inquiétude, de la tristesse, de l'incompréhension face à ces deux adultes qui se disputent continuellement alors que ces mêmes adultes prétendent que se disputer, ce n'est pas beau. J'y vois même de la compassion, dans ces yeux et je sens les larmes, comme trop souvent, envahir mon être. Non, non, non. On va jouer toutes les trois et passer un bon moment ensemble, je pleurerai après.

    Elles sont couchées, apaisées. Pourquoi ne puis-je pas me comporter comme elles, inquiètes un moment, mais capables, après quelques câlins de vivre le moment présent sans mouliner, sans tergiverser et sans se poser de questions sur leur avenir? Pourquoi ai-je grandi si vite? Pourquoi ai-je été si pressée de voler de mes propres ailes?

    C'est si bon l'enfance, la mienne je m'en souviens avec un goût de miel dans la bouche et je donnerais ma bague de fiançailles pour y retourner.

    Christiane Kolly
    25 juillet 2001
    Souvenir de Grandvillard
    Vuisternens-en-Ogoz


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  • "Essuyez vos pieds" sur une affiche avant de passer la porte de la maison. "Eteindre les téléphones portables" avant de passer la porte de la salle du tribunal.

    op_glaneDans la salle, sur la gauche, le président et 4 juges siègent, les visages impassibles, sérieux, de circonstance.
    Je vais m'asseoir, au fond à droite, sur un des bancs réservés au public.
    Devant moi, trois magistrats: le procureur de la république, l'avocat de la veuve et l'avocat des orphelins. Le trio impressionne: robes noires avec écharpe rouge pour le procureur et écharpes noires aux extrémités blanches pour les avocats. Devant eux, la veuve l'air faussement décontracté et un des orphelins, curieux et un peu inquiet. Sur ma gauche, tout près de la porte d'entrée, l'avocat de l'accusé, même costume que ses confrères, et devant lui, l'accusé.

    Il est tendu, ses zygomatiques tressaillent un peu par moment.
    Sur les bancs, quelques curieux venus assister au procès.
    Lecture des procès-verbaux des interrogatoires précédents. Accident de la route, choc frontal avant gauche contre avant gauche. Mort du conducteur d'un des véhicules. C'est le conducteur resté vivant qui est aujourd'hui assis là, prévenu d'infraction à la loi sur la circulation routière, d'homicide par négligence et d'ivresse au volant. Il avait, après l'accident, encore deux et vingt quatre pour mille d'alcool dans le sang. Aux environs de 19 heures, ce soir-là, il y avait du brouillard par endroits. Sur les photos prises par la police, pas de brouillard. Selon les experts en matière d'accident, l'accusé empiétait de vingt à trente centimètres sur la voie réservée aux véhicules venant en sens inverse. Selon les mêmes experts, l'homme qui est décédé roulait également à quelque vingt centimètres sur l'autre voie.

    L'accusé, lui, affirme être resté sur sa droite et avoir été capable, malgré la quantité d'alcool ingurgitée, de se souvenir de cet élément. Il raconte ensuite sa soirée de la veille: match aux cartes, bien arrosé, rentrée à 3 heures du matin, à pieds. Le lendemain à 8 heures, il avait rendez-vous avec un copain pour transporter du bois. Il se sentait un peu fatigué, mais tout à fait capable de conduire. Il reconnaît avoir été un habitué à l'alcool. Il affirme avoir, ce jour-là, bu une bouteille de vin rouge à midi entre 4 personnes, puis 4 ou 5 bières durant l'après-midi, avant l'accident. Selon les experts, c'est impossible, et pourtant il insiste.
    Il dit aussi qu'il aurait préféré être à la place du mort, cette phrase ne semble pas avoir été entendue. L'accusé est traité sans ménagement, avec mépris. Quel acharnement sur un seul homme...

    Cinq membres du tribunal, le procureur et deux avocats, ils sont huit à tenter d'anéantir cet homme. Que lui reste-t-il, à part la fierté de confirmer ses dires, même si ceux-ci paraissent invraisemblables, garder la tête hors de l'eau même s'il est prêt de se noyer. On parle peu d'homicide, on parle d'alcool, beaucoup d'alcool. Et s'il n'avait pas bu ce jour-là et se serait trouvé au même endroit au même moment...
    Et puis, y a-t-il une seule personne dans la salle qui n'a pas un jour pris le volant après avoir festoyé? Que celui qui n'a jamais menti ou bu lui lance la première pierre...

    Un témoin avait croisé notre accusé quelques secondes avant l'accident et affirme avoir été effrayé. Il a passé très près du véhicule de l'accusé en le croisant. Il a même, dans son rétroviseur, eu le temps de voir des feux clignotants. Pourquoi a-t-il passé si près? Dans ce virage, nombreux sont les conducteurs qui ont passé près souvent...
    Un ami de l'accusé vient témoigner, celui qui avait passé cette horrible journée avec lui. Il semble que lui aussi ne soit pas du bon côté, qui ose affirmer que si on rentre à pieds, il n'y a pas de mal à s'enivrer. Il fait mauvaise impression...
    Au tour de la psychologue de l'orphelin présent : il est si perturbé qu'il a dû arrêter l'école, idées suicidaires probablement liées à l'absence du père. On oublie quand même de dire que le couple était séparé.
    Le maître d'école vient témoigner de l'état grave dans lequel se trouve l'orphelin.

    Et puis, l'orphelin émet le désir de participer au réquisitoire et aux plaidoiries.
    Grave question. Le tribunal se retire pour en délibérer et revient. La demande de l'orphelin est rejetée, malgré un avis favorable de la psychologue. Ainsi, quand un adolescent demande de connaître la vérité, enfin celle qu'on veut bien montrer, pour le préserver, sa demande est rejetée... La vérité n'est-elle pas préférable au doute, à l'imaginaire, pour un enfant qui se sent mal?

    Dans le réquisitoire, le procureur utilise les mots "inacceptable", "scandaleux" pour qualifier le taux d'alcool contenu dans le sang de l'accusé. Il parle ensuite de mépris de l'évidence démontré par l'accusé. La dignité et de respect que l'on doit aux enfants et aux proches sont relevés. Il s'est saoulé le jour en question, a pris le volant et a tué le conducteur.
    L'avocat de la mère adhère aux propos du procureur. Il déplore que l'accusé soit un buveur par habitude et aurait aimé voir chez lui un profil plus bas. L'accusé s'est-il enfermé dans l'image d'une personne hasardeuse et chancelante. Pourquoi?
    Le magistrat représentant les enfants rappelle que ceux-ci se demandent pourquoi leur père est mort. Il se rallie à l'indignation du ministère public et joint celle des enfants.
    Vient ensuite l'avocat de la défense. Son client démontre depuis l'accident de la bonne volonté. Il est aidé et accompagné, a suivi un traitement à l' "antabuse " et continue de voir un médecin. Il reconnaît aujourd'hui être malade d'alcoolisme. Son client reconnaît avoir conduit en état d'ébriété. Il réfute l'accusation d'avoir circulé sur l'autre voie et d'être responsable de la mort de quelqu'un.
    Une heure plus tard, verdict: l'accusé est reconnu coupable de violation de la loi sur la circulation routière, homicide par négligence, ivresse au volant.

    La peine : 12 mois de prison avec sursis durant 5 ans, obligation de poursuivre le traitement contre l'alcool avec prises de sang régulières, amende de 5000 francs et frais à sa charge.

    C'est comme à Rome, dans l'arène... C'est le sentiment que j'ai eu devant l'acharnement des huit magistrats sur un seul homme.
    Faute, il y a eu, mais pourquoi appuyer autant sur la tête d'un homme, l'humilier si fort.
    "J'aurais voulu être à sa place" a-t-il dit, cela ne démontre-t-il pas la grandeur de sa souffrance...

    Christiane Kolly
    mai 2002
    Villarsiviriaux


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  • La Tchatche
    Internaute à mes heures, je "tchatchais" sur un site de rencontres. Eh oui, je suis à la recherche d'un homme pour partager ma vie, enfin des moments de ma vie. Je tchatchais donc et… entre en contact avec moi, appelons-le Edouard. Nous parlons un peu. Mon affiche l'avait attiré. Je vous en donne quelques extraits pour comprendre la suite [Si j'étais - Un mot, Amour - Une couleur, Indigo - Un sentiment, Paix - Un élément, Air - Un aliment, Pain - Une boisson, Vin - Un politicien, Gandhi - Un poète, La Fontaine - Un livre, Le prophète - Une ville, Rome - etc.].
    Sur ce site, je pouvais voir sa photo. Une impression bizarre m'est venue à la vue de cette photo. Un regard perçant, des yeux cernés… Quelque chose a commencé à se passer en moi, un sentiment confus. Nous nous trouvons des points communs évidents, recherche personnelle, évolution, vivre le moment présent, et aide à son prochain. Nous échangeons nos numéros de téléphone. Au premier appel, un "feeling" certain s'est installé, vous savez comme si on se connaissait déjà. Je dois faire quelque chose pour lui Dans la discussion, mon sentiment se précise, des mots commencent à me venir à l'esprit.

    Les dons psychiques
    voilà, cette personne est psychique et il est possible qu'elle court un danger… Je vais l'aider… Je cherche dans les livres de développement personnel, je ne trouve rien. Je pose la question par internet et je reçois une gentille réponse: rien d'écrit pour le moment, mais il y a une cassette. C'est vrai, j'ai la cassette, c'est là que j'avais entendu parler de cela et dans des cours, certainement. Pourtant, je l'ai déjà écoutée plusieurs fois cette cassette… Oh, oublie… Mais l'idée me poursuit, fais quelque chose pour lui, il est psychique…

    La cassette
    En bon Saint-Bernard que je suis, j'écoute la cassette et me réjouis déjà à l'idée de pouvoir venir en aide à Edouard. Je commence… Je prends des notes… Au début, je me dis, super, c'est exactement ce qu'il LUI faut… Et puis j'arrive au passage de la description de la personne psychique : Les connaissances sont très importantes pour ce type de personne... Elle suit beaucoup de cours, elle alimente son intellect... L'intellect est placé dans le plexus… Elle peut consommer avec exagération sucre, alcool, drogue pour ne plus sentir… Elle capte les peurs des autres, les colères… L'énergie de son plexus est beaucoup trop utilisée… Et puis un peu plus loin … si vous voulez développer l'intuition, laissez passer l'énergie depuis le plexus par le chakra du cœur - apprendre à aimer et à s'aimer - puis par le chakra de la gorge - apprendre à le dire…

    La conscientisation
    Et là, les larmes me sont montées aux yeux… et elles ont commencé à couler sur mes joues… J'ai entendu ce discours certainement plus de 20 fois, avec mes oreilles, avec ma tête… Ce moment était différent, ça se plaçait dans mon cœur et j'ai ressenti à quel point c'était important pour moi. Dans le plexus, le chakra du centre solaire, deux centimètres au-dessus du nombril, j'y suis plus souvent qu'à mon tour… Moi qui dis à tout le monde d'être dans son cœur, qui ramène ma science, qui insiste pour dire à quel point il est important de ne pas rester au niveau de la tête… je n'avais jamais entendu vraiment que l'on pouvait aussi rester prisonnier de son plexus…

    Les chemins de la vie
    Les chemins que la vie nous fait prendre sont parfois bien étranges… En voulant venir en aide à quelqu'un qui ne m'avait rien demandé, je mets le doigt sur quelque chose d'extrêmement important pour moi… Je vais quand même résumer la cassette pour Edouard, je reste convaincue que cela lui sera bénéfique. En réalité, c'est à moi que ce moment aura été le plus profitable, puisque depuis l'instant où j'ai ressenti comme une ouverture à l'intérieur de moi, depuis le ventre vers le cœur, je ne suis plus tout à fait la même… Il restera les habitudes à apprivoiser, observer quand je suis dans mon plexus, accepter et petit à petit laisser ce passage vers le cœur, la gorge, l'intuition ouvert en permanence.

    Merci Seigneur, merci Lise, merci Edouard…

    Théa d'Albertville
    21 avril 2002
    Villarsiviriaux


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  • Une autre dimension, c'était donc cela…

    Elle se retrouve dans cet espace de calme, de paix, de lumière. Un bien-être, impossible à décrire avec des mots de la terre l'a envahie. A ses côtés, serein rempli d'amour et de compréhension, Georges enfin c'est le nom qu'elle a donné, à son guide retrouvé. Mais pourquoi l'a-t-elle si longtemps oublié?

    Il y a quelques heures à peine, mais cela lui semble une éternité, elle a vécu des événements terribles. Elle se lève tôt. Petit-déjeuner, toilette, elle s'habille, tailleur gris et chemisier jaune, mocassins de luxe, maquillage discret, quelques babioles, coquetterie oblige, attaché case.
    Un quart d'heure de marche, entre les hauts bâtiments de son quartier, elle croise des centaines de personnes, sans en voir aucune. Son pas rapide et décidé l'amène vers huit heures trente à son bureau, au cinquante quatrième étage du bâtiment où elle travaille. Avec des gestes d'automate, elle s'installe et prend le premier dossier qu'elle doit avoir bouclé pour dix heures. Parfait, il sera… enfin c'est ce que son patron exige. Et si ce n'est pas le cas, elle risque de se voir virée pour être remplacée par plus performant qu'elle. La compét, toujours la compét…

    Elle est lasse de cette vie… Peur de ne pas être à la hauteur, peur de se faire jeter, peur qu'un collègue lui fasse un enfant dans le dos.
    Vide aussi, sa vie affective, vide, succession d'échecs, pas de temps pour aimer. Sa mère, son père, ils vivent dans un état très éloigné, elle les entend une fois par semaine et ils se racontent des banalités, des fausses vérités, "tout va bien", "je suis très heureuse ici", "non, non, ne t'inquiète pas maman, je viendrai vous voir à Noël ou à la Trinité". Mais sa maman sait, elle sait qu'au fond du cœur de sa petite fille, tout au fond, il y a un besoin d'aimer, d'être aimée, de faire des enfants. Faire un enfant, elle n'a pas le temps, sa carrière…

    Soudain, un bruit de tonnerre, des gens qui hurlent, la tour s'effondre.
    Elle se retrouve à deux mètres du bâtiment, dans le vide. Mais son corps y est resté. Serait-elle morte? A ses côtés, beaucoup d'autres êtres qui observent la scène. Ils sont morts… Mais non, puisqu'elle pense, elle regarde, elle ressent. Elle est légère, légère, plus de corps physique. Une voie se dessine à travers la fumée noire, à travers cet espace envahi de peurs, une voie, une lumière dans toute cette noirceur.
    Elle se retrouve au-dessus de cette ville, au-dessus de la terre. Quelques heures et sa vie a basculé. Sa vie? Quelle vie? Cette vie qu'elle n'appréciait plus.
    Baignant dans la paix, elle se retrouve là, à côté de Georges son guide. Elle le reconnaît, pourquoi l'avait-elle oublié? Ils avaient pourtant décidé ensemble de cette vie. Elle retournait sur terre pour apprendre à aimer. Oublié…

    La dernière fois, elle se souvient. Elle est à côté de Georges, dans la plénitude de cette dimension, baignant dans l'amour. Puis ils prennent ensemble une décision. Aller sur terre, vivre au milieu des hommes, dépasser des blessures que son être a accumulées au cours de ses existences précédentes. Blessure d'injustice, blessure de rejet. Un petit voyage sur terre lui permet de choisir deux êtres, son père et sa mère. Ils s'aiment, comme ils s'aiment. Elle leur demande, dans l'inconscient, dans leurs rêves, s'ils l'acceptent comme leur enfant. Ils ont déjà un garçon et désirent une fille. Alors, elle s'installe dans le petit corps fécondé à l'intérieur de sa mère et naît un jour au milieu d'eux. Nouveau-né. Les premiers jours, les premières semaines, les premiers mois, Georges est près d'elle, elle lui sourit l'apercevant à côté de son frère et de ses parents. D'ailleurs, Georges son guide n'est pas seul, son ange gardien est là aussi. Premières années, elle a encore de longues discussions avec eux. Mais quand elle en parle autour d'elle, personne ne la croit, elle a des visions. Alors, elle fait confiance aux grandes personnes et oublie Georges et la raison de sa présence sur terre : apprendre à aimer. Elle arrête de parler avec son guide Georges, avec son ange et malgré qu'ils sont toujours présents à côté d'elle, elle les oublie…

    Et puis, des événements viennent réveiller ses blessures. Injuste, elle trouve injuste que son frère puisse jouer au ballon et qu'elle, qui préfère le ballon, doive se contenter des poupées. Colère contre sa mère, sentiment de révolte, elle oublie d'apprendre à aimer, de comprendre qu'ils agissent au mieux de leur connaissance, pour son bien. Première couche sur sa blessure d'injustice. Plus tard, même scénario, son frère sort avec les filles, rentre sans donner d'explications à l'heure qu'il veut. Et elle, elle sort sous bonne garde et n'a pas le droit de rester seule avec un garçon. Mais pourquoi cette différence, c'est injuste… De nouveau, elle oublie que ses parents font de leur mieux. Révolte, colère, sentiments négatifs, deuxième couche sur sa blessure. Et ça continue… Ils ne l'aiment pas, il l'empêchent d'être ce qu'elle veut être, ils la rejettent. Mais non, elle se sent rejetée, réveil de sa blessure de rejet.

    Pourtant, si elle continuait à dialoguer avec Georges, il lui dirait comment dépasser ses blessures.
    Plus tard, avec ses professeurs, ses patrons, les hommes qu'elle côtoient, le même scénario se reproduit à chaque événement. Alors, elle met des masques sur son être. Elle devient rigide, de plus en plus rigide face à l'injustice. Elle devient fuyante, de plus en plus fuyante, face au rejet. Elle se sent mal, de plus en plus mal, de plus en plus souvent mal, avec les êtres qui l'entourent.
    Et pourtant, elle cherche pourquoi… De temps en temps, elle va à l'église, demander à Dieu de lui venir en aide. Mais elle ne prend pas le temps d'écouter ce qu'il lui répond, elle repart dans ses activités effrénées.

    L'amour… quelque part au fond d'elle-même, elle sait que c'est là… la solution. Quand elle est amoureuse, dans les premiers moments, elle sait aimer, sans demander de comptes, inconditionnellement, en gommant les aspects qui lui plaisent moins pour ne voir que les qualités de la personne. Mais elle est incapable de faire durer cet amour. Quand les problèmes surgissent, elle fuit. Son égo, si fort, si présent a le dessus. "Tu ne vas quand même pas te laisser faire cela, te laisser traiter de la sorte, montre lui qui tu es, laisse-le". Et elle fuit. Elle n'a rien résolu.
    Et la voilà, à côté de Georges, dans cette dimension merveilleuse où il n'y a plus ni jugement, ni compétition, ni critique. De l'amour, seulement de l'amour… Et maintenant, le temps n'existe pas, l'espace n'existe pas. Elle retrouve la sérénité. Elle baigne dans la lumière.

    Renaître, renaissance? Va-t-elle y retourner? Ses blessures sont toujours là, inactives.
    Une vie de repos, dans une autre dimension?
    Une vie sur la terre, son frère y est toujours et il a une fiancée… ?
    Une vie chez les pauvres, les affamés, pour soigner sa blessure de rejet?
    Une vie chez les militaires, les policiers, pour soigner sa blessure d'injustice?
    Renaître ou ne pas renaître, voilà la question… Shakespeare devait avoir dépassé bien des blessures…

    Christiane Kolly
    Après le 11 septembre 2001
    Vuisternens-en-Ogoz


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  • Les foins sont très hauts, prêts à être coupés. Qui n'a jamais pris la peine de se promener dans le foin que l'on va bientôt faucher, ou plutôt au bord d'un champ de foin, car le paysan n'apprécie guerre les citadins qui renversent leur précieux fourrage, qui ne l'a jamais fait, et en même temps respiré les odeurs à plein nez, regardé les brins danser au gré de la fantaisie du vent et écouté les chants des grillons, les bruits de la nature, celui-là aura raté un moment important de son existence.

    Un après-midi de juin, Bloc, mon frère, Marguerite, mon amie d'enfance et moi profitons de ce précieux don de la nature, sans nous en rendre compte, évidemment. Nous faisons très attention que papa ne nous voit pas marcher dans son foin. Nous courrons à travers champ, jouons à cache-cache dans les hautes herbes et nous trouvons tout-à-coup à côté d'une petite construction de pierres de trois mètres de longueur, deux de largeur et deux de hauteur. C'est le réservoir d'eau. Une porte permet d'y entrer. Allons voir à l'intérieur. Il y fait très frais, durant les premières chaleurs de juin, c'est vraiment un don du ciel. Une échelle est là, suspendue.
    - On va monter sur le toit? dit Marguerite.
    - Bonne idée, on va voir ce qu'il y a la-haut, dis-je.
    - D'accord, dit mon frère, mais sans grand enthousiasme. Il devait pressentir quelque chose.

    Sitôt dit, sitôt fait. Nous voilà, Marguerite et moi sur le plat de cet édicule avec en cadeau, comme chaque fois que l'on se trouve sur une hauteur, une impression de liberté, de grand air, de bonheur.
    - Tu viens, Bloc.
    - Oui, j'arrive.

    Nous continuons à faire les folles sur ce toit durant un moment. Et puis l'idée nous vient de sauter dans l'herbe.
    - C'est haut, tu ne trouves pas? dis-je.
    - Oui, j'ai peur de sauter, c'est trop haut, dit Marguerite. Mais la peur excite, c'est bien connu et, advienne que pourra, nous avons sauté toutes les deux. Le foin a rendu plus doux notre contact avec le sol et, très fières, nous faisons le tour du petit bâtiment pour remonter.

    - Qu'est-ce que tu fais sur cette échelle? Monte ou laisse-nous passer? La fierté du mâle, tout de même, Bloc grimpe les échelons, l'un après l'autre, poussé par nous.
    - Tu viens, saute, tu ne risques rien, l'herbe est très haute et la terre encore un peu humide dessous? Il hésite.

    Marguerite et moi sautons une nouvelle fois. La peur avant, l'impression de voler pendant, l'atterrissage, que d'émotions. Nous vivons un grand moment. Nous remontons l'échelle, sautons, remontons, sautons à nouveau. Bloc nous regarde toujours. Il n'ose toujours pas. Une grande excitation nous envahit.
    - Mais enfin, tu n'as pas honte, toi, un garçon, tu n'oses pas sauter et nous, des filles on le fait avec plaisir. Je dois dire que j'ai, moi aussi, un peu honte d'avoir un frère si craintif.

    Quelques sauts plus tard, quelques incitations plus loin, Marguerite, soudain décide de l'aider un peu. Il se trouve au bord, prêt à y aller. Une petite pousse dans le dos et Bloc saute. Il se crispe, a peur, et tombe mal, très mal puisqu'une douleur dans le bras le fait aussitôt crier.
    - J'ai mal, j'ai mal, tu m'as cassé le bras. Il pleure de plus belles et la douleur se lit sur son visage. Nous remontons vers les maisons. Marguerite panique, c'est elle qui a peur maintenant.
    - Je dirai que ce n'est pas moi, tu es tombé tout seul. Je ne veux plus jamais vous voir, je rentre à la maison.

    Et en effet, la visite du médecin de famille confirmant, Bloc a le bras cassé et se retrouve handicapé.
    Je suis un peu triste pour mon frère qui souffre. Dans le fond, je suis aussi très fière d'avoir osé davantage que lui. Ainsi, la peur n'est pas un sentiment purement féminin, j'en ai la preuve.
    Personne n'a su que Marguerite avait poussé Bloc. Il me reste de cette expérience un profond sentiment d'injustice chaque fois que j'entends dire : les filles pleurnichent pour un rien et les garçons sont les plus forts, ils osent plus et ne pleurent pas, eux?

    Christiane Kolly
    25 juillet 2001
    Souvenir de la Montagne de Lussy
    Vuisternens-en-Ogoz


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  • J'ouvre un oeil. Pas un bruit. Il doit être cinq heures ou six heures du matin. Il fait encore nuit, mais de la lumière est déjà présente.
    Dans quelques dizaines de minutes, le soleil va se lever.

    Depuis trois jours, je loge, si j'ose dire, dans cette tente berbère. Ce n'est pas la tente berbère que l'on voit dans le film " Ben-Hur ", avec de si beaux tapis et de la vaisselle délicate. Non, dans celle-là, il y a huit lits de camp, faits, chacun, de quatre pieds et d'un entourage métalliques et, pour soutenir la pièce de mousse qui tient lieu de matelas, encore du métal, placé là comme la garniture sur un gâteau d'anniversaire. Un oreiller, deux couvertures et le tour est joué. La difficulté consiste à se coucher en posant le poids à partir du centre du lit, faute de quoi les pieds s'enfoncent inexorablement dans le sable. Une pierre dessous, bonne solution, à condition de ne pas trop bouger.
    En plus de ce lit improvisé, je dispose de quelque cinquante centimètres carrés pour mes affaires personnelles, un sac de voyage, le plus léger possible.

    Vous l'avez compris, je suis dans le désert, à cent mètres d'une oasis.
    Je mets un pied dehors. A l'extérieur, huit pièces de bois fixent la toile de mon gîte improvisé, toile faite d'un grossier tissage de laine de chameau. A l'intérieur, d'autres morceaux de bois, plus longs, donnent à cet assemblage l'air d'une tente. Mais quand même, ce sont peut-être eux qui ont inventé le camping et me voilà, à critiquer leur manière, pas très bonne copine ...
    Mes sept camarades de chambre dorment encore. Je vais aller faire un tour. Brr... Pas très rassurant, la pénombre, l'humidité, les appels des dromadaires, des chiens et des oiseaux qui se réveillent doucement.

    A propos, le chameau à deux bosses et le dromadaire une seule, comment s'en souvenir : le dromadaire est menteur, son nom commence par un D comme deux mais il n'a qu'une bosse. La lune aussi est menteuse : lorsqu'elle fait un C, elle décroît et lorsqu'elle fait un D, elle croit. C'est mon truc, si j'ai peur, je me raconte des histoires. Mais, revenons à nos moutons, oui, il y a aussi des moutons, aux alentours du désert.

    Dans le camp, une dizaine de tentes dressées et au milieu, des tables, rangées en ligne, pour restaurer les septante touristes en mal d'aventures, venus apprendre l'amour, celui qu'on ne fait pas, le pardon, la compassion ...
    Ali, un des deux gardiens dort sur la table. Le jour se lève. Une merveille de couleurs qui illuminent chaque seconde. Le petit déjeuner nous permet d'échanger nos impressions, pas banales pour nous.

    Soudain, un quatre-quatre arrive à toute allure. Elle a avalé un verre de pétrole. Venez, venez la sauver. Il se lit dans les yeux du père de la fillette, une souffrance mais aussi de l'incompréhension et de l'impuissance, face à cette situation dramatique.
    Dans l'équipe, Bernadette est médecin. Je l'accompagne, mon cahier et mes crayons de cours dans la main. Nous voilà dans le véhicule, parties secourir la gamine, à quelque centaines de mètres de l'oasis, dans un village ou des cubes blancs, troués à deux endroits pour la porte et une fenêtre, font office de maison. Les habitants se sont rassemblés à l'entrée, pour voir arriver ces étrangères, des points d'interrogation et un peu de malice dans les yeux.

    Nous entrons dans la maison, une seule pièce, un coin à cuisiner, un coin à manger, un coin à dormir. Fatima est là, dans les bras de sa mère, du sang séché sous le nez. Elle a cinq ou six ans, une très belle petite fille, les cheveux et les yeux noirs, le teint mat.
    " Elle a honte ", nous traduit le conducteur du véhicule. Elle pleure de peur, de douleur, mais aussi de honte ? Honte de quoi? D'avoir bu du poison? D'être là, misérable? Nous ne le saurons jamais.

    Bernadette l'ausculte avec difficultés, elle s'accroche à sa mère. Je suis là, avec mon cahier et mes crayons. Voilà pourquoi je suis venue. J'arrache les pages utilisées. Je m'approche de la gamine et commence à dessiner. Elle me regarde. Je la regarde, avec amour. Les crayons vert, bleu, doré et argenté, tous fluorescents attirent son attention, ils sont beaux, elle n'a jamais rien vu de pareil. Je mets le cahier et les crayons dans ses mains. Elle a un mouvement de recul, de peur. J'insiste.
    Elle prend un des crayons et le fait glisser sur le papier. Elle ébauche un sourire et se calme.
    Bernadette continue de l'ausculter et, diagnostic, elle est sauvée. Les douleurs vont s'atténuer. Des calmants suffiront et dans une semaine, il n'y paraîtra plus.

    Retour au camp. Fin de la semaine dans le désert. Retour en Suisse. De temps en temps, je pense à la petite fille du désert. Je lui envoie de l'amour. Je formule des voeux pour qu'elle devienne une belle jeune fille et pour que sa vie soit heureuse, si c'est la volonté d'Allah, comme ils disent ...

    Théa d'Albertville

    octobre 1998
    Vuisternens-en-Ogoz


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  • C'est samedi. Une belle journée de juin où les dernières heures s'étirent en douceur.

    Le bateau m'emmène de Lausanne en direction d'Evian. Un groupe de personnes, verre rose de champagne à la main, fête la joie de vivre, un anniversaire ou un mariage, que sais-je ?
    Près de moi, un couple consulte un prospectus. Plus loin, trois hommes, un grand chapeau de feutrine noir sur la tête, chahutent gentiment. Le joli brun de leur peau et la gaieté qui se dégage de leur personne font penser qu'ils viennent d'un pays méditerranéen.
    Je me penche et regarde l'eau. Le bateau, par son passage, nous fait cadeau de mille et un tableaux où l'air joue avec l'eau. Après quarante minutes d'un balancement régulier sur le Léman, me voici à Evian.

    Promenade sur les rives, petite bière sur une terrasse où, pour une fois, aucune voiture n'est venue me voler une vue faite de tons qui deviennent pastel quand le soir descend : des beiges, des bleus, des roses et, plus tard, des gris. Dîner dans un petit restaurant. Les saveurs des différents mets, arrosés d'un petit vin du pays, enchantent mon palais, comme les odeurs enchantent mes narines et la vue, mes yeux.

    Me voici à nouveau sur le bateau qui me ramène doucement à Lausanne. Un groupe de personnes l'accompagne jusqu'à un siège proche du mien, la salue et s'en va. Elle est là, près de moi. Comme elle à l'air misérable : les cheveux sales, coupés au carré où les irrégularités laissent deviner le " fait maison ", un chemisier bleu et blanc, le dernier bouton négligemment laissé ouvert, ce qui pourrait être un dernier effort de séduction mais qui, ici, devient grotesque, une jupe en tricot rose foncé dont la ceinture ne trouvera jamais la taille, une veste beige qui a peut-être commencé par être blanche, des chaussures que ses pieds ont déformées, un sac à main de sa jeunesse et un sac de supermarché qui doit contenir sa livre de pain de la semaine et quelque autre nourriture, une canne.

    Je pose ma tête sur l'épaule accueillante de l'homme. Je me sens heureuse, paisible. Mais, elle me regarde, me fixe avec dans le fond des yeux un mélange de haine, de méchanceté, de jalousie, d'envie, de tristesse, de manque d'amour qui m'empêche de jouir de ce moment si doux.

    Elle marmonne : " tous au Casino, c'est incroyable... vous avez vu ? "
    " Oui Madame ", poliment, je dis et regarde par la fenêtre pour éviter, et ses yeux, et la conversation.

    Le bateau s'arrête. " Il faut m'aider, je ne peux pas descendre seule, c'est trop dangereux ", elle dit.
    " Oui Madame " dit l'homme et il la soutient. Ils marchent tous deux sur la passerelle.
    " Sale temps ", elle dit. Il ne répond pas. Il fait beau.
    " Vous allez de quel côté ? ", elle dit.
    " De l'autre côté ", il répond.
    " Vous allez de quel côté ? ", elle répète.
    " De l'autre côté ", il répond à nouveau.
    Elle s'en va à petits pas, appuyée sur sa canne.

    Je m'en vais, de l'autre côté. Mais pourquoi ne suis-je pas sûre, ce soir, d'avoir choisi le bon côté ?

    Christiane Kolly
    octobre 1998
    Vuisternens-en-Ogoz


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  • villaz st pierre

    Un clocher. Au-dessus d'une église. Dans un village. Autour, des gens, des vies, des souffrances, des peurs de souffrir de nouveau, des joies, des plaisirs. Dans des maisons, des immeubles, à plusieurs, chez soi. Des liens, des cordons même. On se souvient. On n'oublie pas. On n'oublie rien de rien, on s'habitue, c'est tout disait Jacques Brel!
    Mais si, au lieu de s'habituer, on se souvenait, on digérait, on pardonnait! On acceptait! L'oubli viendrait et on serait plus léger, n'avoir plus ces boulets aux pieds!
    Dans ce village, il y a une belle jeune fille, naïve. Elle aime plaire, séduire même. C'est dans sa nature, elle en a besoin. Elle sourit facilement, un peu trop peut-être. Elle aime être gentille. Elle veut qu'on l'aime. Dans les bals du samedi soir, elle danse, c'est tellement grisant, danser. Les jeunes hommes se disputent ses faveurs. C'est à qui arrivera le premier pour la prochaine danse. Elle n'a pas envie de jeter son dévolu sur l'un ou sur l'autre, elle préfère garder cette cour, entretenir ses soupirants. Elle danse, légère, heureuse, pleine d'espoirs, avec l'envie que la vie reste une danse, toujours.
    Mais les duègnes, les jaloux, les concupiscents ne le voient pas de cet oeil! Et la rumeur s'y met. Cette jeune fille n'est pas sérieuse. Ah oui, je l'ai vue avec Pierre. Tiens, moi je l'ai aperçue avec Jacques! Non, est-ce possible, figure-toi qu'hier soir elle parlait avec Jean! Pierre, Jacques, Jean, elle n'est pas sérieuse, c'est un fait. Tu ne trouves pas qu'elle prend du poids? Tiens, c'est vrai, elle est peut-être enceinte? Tu sais la dernière, il paraît qu'elle est enceinte! Et avec tous ses soupirants, elle ne sait même pas qui est le père? C'est scandaleux!
    La jeune fille, elle, ignore tout. C'est sous ce clocher, dans ce village, que court la rumeur! Tiens, le père, c'est vrai que ta fille est enceinte? C'est qui le père? Le père de la jeune fille, furieux, lui rapporte la rumeur. Là, elle tombe, elle s'écroule même, elle reçoit un coup de poignard dans le coeur. Elle prend contact avec la dure réalité du monde. Pourtant, elle avait juste échangé un premier vrai baiser avec Jacques... Pourquoi tant de méchanceté? Elle est marquée...
    Longtemps, longtemps après, elle s'en souvient. La plaie se rouvre facilement quand la rumeur s'y remet pour raconter d'autres histoires. Et puis, un jour, elle choisit de ne plus souffrir.
    S'habituer, non! Accepter. Elle avait sa part de responsabilité dans cette affaire. Le plaisir, la joie de vivre, c'est indécent? Ça se paie en rumeur. Les autres ont peut-être été le miroir de ses croyances profondes. Etre aussi insouciante, légère, joyeuse, ce n'est pas possible, la vie, c'est plus dur que cela. Le bonheur ça se mérite, et patati et patata.
    Alors, la vie lui a prouvé qu'elle avait raison, ses pensées sont devenues réalité...
    Peut-être qu'ils étaient malheureux, les autres, de n'avoir pas cette joie de vivre, cette légèreté? Ils souffraient?
    Peut-être aussi qu'ils n'en avaient rien à faire, que le mal engendré par cette rumeur, ils n'en étaient pas conscients?
    Le jeune fille, devenue femme, a le droit de croire ce qu'elle veut, continuer à se faire du mal en n'oubliant rien ou accepter sa responsabilité, pardonner, enlever le boulet de son pied. A partir de là, la rumeur se taira... pour cela en tout cas.

    Christiane Kolly
    1998
    Vuisternens-en-Ogoz


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  • Elle est là pour une semaine. Ce n'est pas sa préférence, elle aime tellement sa maman. Mais voilà, quand on travaille et qu'on est aussi mère, il faut trouver des solutions. Pour mon plus grand bonheur de grand-mère, la solution c'est moi.

    Quel poème cette petite fille. Elle a 5 ans. Elle adore se rendre utile. Alors, la vaisselle, l'aspirateur, la poussière, ce sont là des occupations qu'elle trouve extraordinaires, c'est comme un jeu pour elle...

    Il ne faut pas qu'elle s'ennuie, alors je lui présente une fillette du quartier.

    • Non, non, je ne veux pas y aller...

    Mais après quelques minutes, elles sont devenues les meilleures amies du monde, comme savent le faire les enfants, sans se poser de question, juste parce que ça fait du bien d'être deux, ou trois, ou quatre pour inventer des jeux, des histoires...

    Si bien qu'un après-midi, alors qu'elle était partie depuis quelques instants rejoindre son amie, je jette un coup d'oeil dehors et ne la vois plus... Je l'appelle, pas de réponse... Elle doit être très occupée par ses jeux, elle va réapparaître dans un moment...

    Plus tard, après avoir appelé, appelé encore et encore, je commence sérieusement à m'inquiéter... Je me rassure en me disant que, dans ce chemin en cul-de-sac où j'habite, dans la campagne fribourgeoise, il ne peut rien lui arriver. Il n'y a jamais eu d'enlèvement d'enfant dans le coin. Je me dis qu'elle doit être quelque part, tellement présente à ses jeux et à ses nouveaux amis, qu'elle en oublie tout le reste.

    Je fais le tour du quartier, en m'égosillant à force de crier son nom. J'élargis le cercle, ce qui m'amène de l'autre côté de la maison d'en face. Et là, finalement, elle m'entend et arrive en courant, avec cet air un peu craintif de celle qui a fait une bêtise...

    Je lui explique...

    • J'ai eu très peur... Il faut me dire où tu vas ! Je m'inquiète !
      J'ai cru que tu étais perdue...

    Mais je suis si contente de la retrouver que j'oublie rapidement l'incident. Je suis la grand-mère, ce n'est pas à moi de l'éduquer, alors je décide de ne vivre que le meilleur avec elle.

    Quand elle arrive à la maison, la première chose qu'elle fait, elle va dans mon armoire à chaussures et m'emprunte une paire d'escarpins en cuir verni noir. Elle fait des kilomètres dans la maison, en maillant son petit derrière, une lolita miniature. Elle s'enroule dans tout ce que j'ai comme écharpe, pashmina, foulard et autre paréo.

    Laïla a du style, du rythme, de l'allure... De grands yeux bleus, une magnifique et solide chevelure blonde, et pour la rendre spéciale, unique, une pluie de tâches de rousseur autour de son petit nez en trompette. Grande pour son âge, élancée, elle est gracieuse et souple. Elle aime qu'on la regarde et trouve toutes sortes de combines pour se faire remarquer. Et là, moi, la grand-mère, je suis aux anges de regarder cette perle.

    Un après-midi, nous décidons d'aller marcher... Grimace d'abord, elle voulait voir ses copines... mais finalement elle se laisse convaincre. Nous prenons le chemin Sainte-Anne, en-dessous de là où je réside. Nous marchons un bon kilomètre direction sud-ouest. Elle commence à ronchonner... Marcher, ça n'est pas drôle...

    Pourtant les enfants, quand ça leur plaît, sont capables de très gros efforts. Ça me rappelle un ou deux hivers plus tôt. Nous avions marché près de deux kilomètres pour arriver à la fontaine, au sommet de Villarsiviriaux, en longeant la route du Résevoir, le lieu-dit Commun d'Avau pour ensuite partir à gauche vers la forêt. C'était l'hiver, je traînais une luge et Laïla, parfois un peu fatiguée, montait dans la luge. Il faut dire que le dernier bout, ça monte raide. Alors je lui disais :

    • C'est trop dur, moi aussi je suis fatiguée...

    et elle recommençait à marcher...

    Arrivées au bord du bois, nous avons bu un peu d'eau à la fontaine... et puis hop dans la luge pour une descente de deux kilomètres. Elle était fascinée, elle criait, riait, battait des bras, grisée par la vitesse, par tout ce blanc, cette belle nature où il n'y avait jamais, quasi jamais personne, pas de traces de sel ou de gravier, juste de la neige, encore de la neige, toujours de la neige, battue sur cette petite route.

    • Encore.

    Arrivées en bas, elle a tout de suite repris le chemin de la montagne.

    • D'accord, on y va.

    Il fallait voir son enthousiasme, sa joie, sa détermination même de recommencer immédiatement l'exercice.

    Nous sommes montées trois fois. Elle était complètement exténuée, mais tellement contente.

    Mais revenons sur ce chemin Sainte-Anne. Après ce kilomètre, nous prenons à gauche et longeons une haie jusqu'à un pont... On regarde l'eau... Il fait chaud, ça donne envie de se rafraîchir.

    • Et si on rentrait par la rivière !
    • Non, non ! Elle me répond, mais avec déjà une étincelle dans l'oeil.

    Je traverse le pont et descends vers l'eau... Tiens, les bords sont raides... pas facile... Mais moi aussi, quand j'ai une idée, je renonce rarement... Laïla me suit prudemment.

    Et nous voilà dans l'eau... Un peu fraîche d'abord, cette eau de rivière, mais après, si bonne... Et là, une surprise nous attend. La Glâne a été assainie. Nous devons être à un mètre cinquante à deux mètres en-dessous du bord.

    Une colonie de libellules vit là. Des bleues, de ce bleu qui a des reflets verts et jaunes, comme moiré et d'un scintillement presque surnaturel que l'on se demande si ce ne sont pas des esprits de la nature, venus là nous donner un message particulier. Et puis des beiges, moins fastueuses mais tellement élégantes.

    Laïla est fascinée. Elle n'a jamais vu autant d'insectes, si grands, si grandioses. Les libellules nous observent, avec leurs grands yeux saillants, puis continuent leur vie de libellule, battant leurs quatre grandes ailes nervurées et transparentes avec grâce et vélocité.

    Ainsi, accompagnées de nos gardes du corps ailés, nous marchons dans la rivière, de l'eau jusqu'au milieu des jambes pour moi et jusqu'aux genoux pour Laïla. C'est une aventurière, cette petite, comme sa grand-mère... sa joie fait plaisir à voir...

    • On va remonter ?
    • D'accord...

    Mais voilà, les bords sont si raides à cet endroit que je ne suis pas capable de le faire. Il y a immédiatement du souci dans le regard de Laïla.

    • Ne t'inquiète pas, plus loin, ça ira...

    Et plus loin, nous sommes sorties de la rivière et rentrées à la maison.

    • Dessine les libellules, tu te souviens, elles sont tellement belles !
    • D'accord !

    Après quelques minutes, elle a réussi un dessin où les libellules volent joliment au-dessus d'un rivière. Mais quelques instants plus tard, je reviens et le dessin est barré plusieurs fois de grands traits noirs.

    • C'était nul !

    Et elle pleure de rage. Seigneur, encore une qui veut devenir parfaite...

    Je la prends dans mes bras ! Je la berce !

    • Oh ma petite Laïla, je t'aime !

    C'était en 2004 et elle avait cinq ans.

    Christiane Kolly – 21 juin 2011


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  • Après mûres réflexions, j'ai décidé que mon chemin continuerait ailleurs pour l'instant. Peut-être plus tard, si vous avez une place pour moi, ou lors de vacances, j'aurai encore la joie de vous voir.

    dam41.jpgMaintenant je vais vous dire ce que j'ai aimé en vous.

    Albanella, j'ai aimé tes pâtes fraîches et tes travaux au crochet, mais aussi ta secrète capacité d'être une bonne amie.

    Ares, j'ai aimé la candeur de tes yeux, ton cadeau de Noël et l'amour que tu portes à ta maman.

    Aythya, j'ai aimé ta créativité bien sûr, tes couleurs et ton esprit d'entreprise.

    Cavalluccio, j'ai aimé ton coté jardin, la belle candeur dont tu es capable et ton regard direct et franc.

    Cicala, j'ai aimé ton humeur quasi toujours bonne, mais comment fais-tu ? Et la volonté de vivre que tu as !

    Dora, j'ai aimé ta beauté, ton rire et ta volonté.

    Elder, j'ai aimé parler français avec toi, ta discrétion et la connivence que tu as si aimablement partagée avec moi.

    Fringuello, une âme soeur je pense, j'ai aimé ton énergie extraordinaire, ta capacité de donner sans compter, et ta belle voix grave.

    Gibbone, j'ai aimé les objets que tu crées, ta galanterie et peut-être même ton côté macho qui aime bien se faire servir et qui paie pour cela.

    Lemming, l'homme que beaucoup de femmes prennent comme exemple de mari, j'ai aimé ton incommensurable serviabilité, ton humeur égale, ta non moins incommensurable gentillesse.

    Lemure, j'ai aimé tes clins d'oeil, ta réserve et ton amour pour ta femme.

    Lontra, merci, tu m'as fait rire souvent, oui j'ai aimé le clown, mais aussi la profondeur de l'homme qui se cache derrière, sa culture et sa bonne éducation.

    Lorenzo, j'ai aimé tes beaux yeux, ton intelligence et tes perfections. N'oublie pas d'être imparfait, n'oublie pas d'être un enfant.

    porta della lunaNaga, j'ai aimé tes beaux yeux aussi, ton côté guérisseuse, ta discrète volonté de propreté dans la maison.

    Orango, l'homme invisible, j'ai aimé tes couleurs, tes histoires drôles, la couleur de tes cheveux.

    Pinguino, ma soeur, j'ai aimé ta grande générosité, ta serviabilité, et ton grand coeur.

    Spigola, j'ai aimé la douceur de ta peau quand tu m'embrassais, ton parfum et ta démarche de reine.

    Stella, oui, je porterai souvent mes perles. J'ai aimé ta coiffure d'égyptienne, ta capacité de communiquer clairement, ton côté pythie.

    Sterna, j'ai aimé ton cadeau de Noël, ta discrète sollicitude, le choix minutieux de tes aliments. Rester une enfant c'est tentant, mais une vie de femme !

    Struzzo, j'ai aimé ton si beau côté paternel, ta discrétion et ta générosité.

    Teodoro, j'ai aimé ton goût pour le beau, tes danses et tes beaux costumes.

    Vongola, la femme la plus rapide de l'ouest, j'ai aimé ton énergie inépuisable, ton sens de la communication, ton rire de gamine.

    Voilà, je vous ai aimés et vous porterai toujours dans mon coeur.

    Con voi.

    Christiane


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  • Ce matin, en arrivant à la cuisine, il y avait sur la table une feuille de papier: «Passer par Alice ou Fiorano, routes dégagées de la neige». Notre régente, mais oui, la cowgirl qui dégaine plus vite que son ombre... son téléphone portable, Vongola, notre ange gardien nous donnait cette précieuse information.

    Vers 9 heures, devait arriver l'équipe Newlife pour des travaux ! C'est Gordana de Croatie qui est venue, les autres avaient à faire ailleurs. Ainsi Lemming avait pensé que Gordana pourrait aller couper quelques épinards nains dans la serre pour le déjeuner, puis trier les pommes de terre qui restent et qui commencent sérieusement à envahir le local sous l'escalier à force de germer. Après, elle viendrait voir à la cuisine pour donner un coup de main, avant de retourner à Casa del Lago pour préparer le repas de midi.

    Parce qu'à Casa del Lago, c'est le changement perpétuel, ceux qui arrivent, ceux qui partent parce qu'ils ont finalement un nucleo d'attache, ceux qui reviennent pour une visite, ceux qui modifient les plans. Oui, Pinguino qui gère l'hospitalité a parfois bien du mal à savoir quelle chambre est occupée et par qui ? Ça bouge, ces newlifes et ça n'en fait parfois qu'à sa tête ! Casa del Lago, un nucleo mouvant...

    Vers midi, alors que Lemming s'apprêtait à préparer un risotto aux fruits de mer (il avait déjà coupé les oignons), quelqu'un de la santé l'appelle sur son portable. Il faut aller amener un newlife qui s'est blessé à un oeil dans le bois. Alors Lemming a laissé son risotto en plan. A croire qu'il n'y a qu'ici qu'on peut aider les newlifes en cas de problème !

    Après-midi, un jeune couple de grecs se présente à la porte, Rula et Alexandre. Ils veulent un drap de plus pour un lit. Mais oui, la blanchisserie aussi ça tourne bien. Je les accueille « Bienvenue la Grèce ». Un drap de dessous ou un drap de dessus ? Comment on le dit en italien ? Elle parle un peu italien, avec des mots d'espagnol et lui visiblement s'en sortira mieux avec l'anglais. Et puis les gestes, ça aide ! Une belle gymnastique pour l'esprit toutes ces langues, ces personnes, ces différences..

    Ce soir, Naga et Fringuello vont diner avec nos hôtes. C'est une aventure, ça parle italien mais pas tous, ça parle anglais mais pas tous, heureusement, il n'y a pas que le langage pour se comprendre. Mais pour être sur d'être compris, surtout quand il s'agit d'un service que l'on demande à la personne, il est plus prudent de faire répéter ou démontrer ce que l'autre a entendu ou croit avoir compris.

    Alors, chers damanhuriens, pour vivre vraiment l'expérience newlife, voulez-vous un changement de nucleo, pour quelques jours ?


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  • Plus de mille huit cents heures, c'est le temps que j'ai passé, dans des ateliers de développement personnel et à des travaux personnels dans le domaine.

    J'ai tenté d'en parler, mais à chaque fois, rapidement j'entends : « Moi, je suis guérisseur ! ». Ainsi, à Damanhur, il y a beaucoup de guérisseurs. Et quand je parle de mon désir d'utiliser mes connaissances ici, je me vois répondre, invariablement : « Tu dois faire l'école de guérisseuse », avec, mais c'est ce que je perçois peut-être de derrière ma blessure de rejet, un petit côté « Tu n'es pas des nôtres, tu comprendras peut-être plus tard l'immense différence ! ». C'est comme quand j'étais petite, je détestais m'entendre dire « tu comprendras quand tu seras grande ! ». L'école de Damanhur serait donc, la seule, l'unique, et toutes les autres ne compteraient pas. Mon chemin personnel, qui vaut selon moi les autres chemins, n'aurait ici plus aucune valeur ? Je ne veux pas croire cela.

    Alors, puisque je n'ai pas perdu ma plume, enfin mon clavier, je vais vous décrire ma philosophie de guérisseuse et ainsi, vous pourrez apprécier et peut-être me dire si cette manière de « soigner » pourrait aussi être un peu damanhurienne.

    Je viens de l'école « Écoute ton corps » et je vais en décrire les principes de base. L'être humain est venu sur terre pour évoluer, pour guérir des blessures, pour aller toujours plus vers la lumière. Il a choisi son père et sa mère, parce qu'ils avaient les caractéristiques, pour ne pas dire les blessures, que lui-même a choisi de « travailler », dans cette vie. Le choix se fait, dans le monde des âmes, avec un guide.

    Les cinq blessures de base sont le rejet, l'abandon, l'injustice, la trahison et l'humiliation. L'enfant grandit et en se confrontant à ses parents, à sa famille, à son entourage, les blessures commencent à se révéler.

    Très jeune, l'enfant, pour ne pas sentir les blessures va se forger des masques. Ainsi, s'il souffre de rejet, il sera fuyant. C'est le genre de personne qui, même si elle est en face de vous, vous donne l'impression de ne pas exister. Si l'enfant souffre d'abandon, il deviendra dépendant. Son plus grand besoin sera l'attention des autres, il vous vampirise tellement il veut votre attention. Ce sont les deux blessures de base. Un peu plus tard, la blessure d'injustice verra l'enfant se forger un masque de rigidité. Là, la personne aura sans cesse besoin de dire juste ou faux, de se sécuriser dans des règles claires. La blessure de trahison mettra un masque de contrôlant, toujours en train de s'assurer que c'est elle qui décide, que personne d'autre n'a le pouvoir sur elle. Et puis la blessure d'humiliation se cachera sous le masque de masochiste. Ici, elle peut en prendre, même pas mal... Et elle fait tout pour que tout le monde soit heureux, et elle s'oublie. En général, nous avons chacun plusieurs blessures, une des blessures selon la situation ou le moment, sera beaucoup plus active.

    Quelle est ma manière de travailler, enfin j'aime dire d'aider l'autre à trouver ses propres réponses, à prendre conscience de ses blessures ? Il y a d'abord la morphopsychologie, cette technique qui permet, selon les formes du corps de détecter les blessures, non seulement les formes, mais aussi la manière de parler, les mots utilisés, la manière de se mouvoir, la manière de se nourrir.

    Nous considérons que nous avons à la base, un corps mental, où peut exister le chaos, mais aussi où se trouve l'outil de notre pouvoir, un corps émotionnel et un corps physique, qui font partie de notre monde physique. Ainsi le corps parle, parce le corps est le temple de l'âme qui se trouve dedans. Lorsque la personne a une manière de penser, une croyance, une peur qui n'est pas bonne pour elle, son corps va le lui signaler en dysfonctionnant. Le corps sait comment être un corps. Lorsque l'âme qui l'habite a quelque chose à apprendre qu'elle ignore encore, le corps envoie un message. La manifestation commence dans le mental, puis dans l'émotionnel et si la personne n'a toujours pas réagi, cela va se manifester dans son corps physique.

    Lorsque l'âme a compris le message, le corps peut à nouveau fonctionner « normalement ». Autrement dit, les malaises, maladies sont des signaux du corps et lorsque le message est perçu, le corps sait se guérir. Même les médecins vous le diront, pour le même problème, aucun patient ne réagit la même chose, il y a des guérisons extraordinaires et dans d'autres cas des problèmes sans fin. Ils disent aussi qu'ils font leur travail et après c'est le corps qui agit.

    Mais gardons à l'esprit que depuis que la mort existe, nous ne sommes pas à l'abri!

    Quelques pistes de ce que nous appelons métaphysique. Bien entendu, seule la personne elle-même découvrira, lors d'une séance, sa problématique propre, ce ne sont là que des exemples :

    • Un mal de tête chronique peut signifier une activité mentale excessive.
      Conseil : calmer le mental par de la méditation, choisir des activités créatives, où tout l'être est centré sur ce qu'il fait.

    • Un problème lié aux organes génitaux chez la femme peut lui indiquer que sa relation à l'homme, mais aussi à la maternité mériterait d'être revue. Le ventre, deuxième chakra est aussi le lieu où l'on crée sa vie !
      Conseil : Revisiter sa vie de femme et sa vie de mère, voir si des désirs, voire des besoins ne sont pas satisfaits. Y pallier.

    • Des jambes douloureuses ou des problèmes aux jambes qui vous permettent d'aller quelque part, vous demandent de revoir la direction que vous avez choisie, pas le choix lui-même mais plutôt la raison ou votre manière de penser par rapport à ce choix.
      Conseil : Comme votre corps vous le dit, arrêtez-vous et regardez de plus près, écoutez vos petites voix intérieures qui ont quelque chose à vous dire.

    • Un problème de peau : elle est ce qui vous permet le contact avec l'autre, avec les autres. Elle représente aussi l'image que vous vous faites de vous-même. Voulez-vous éloigner l'autre par une peau que l'on aime pas regarder ? Avez-vous peur d'être touché ? Au propre et au figuré?
      Conseil : Que pensez-vous de votre image ? Vous aimez-vous comme vous seul-e devriez être capable de vous aimer ?

    • Vos mains vous font souffrir : que faites-vous ? Y a-t-il quelque chose que vous faites et qui n'est pas en accord avec votre être profond ? Dans les domaines professionnel, privé, intime ?
      Conseil : La main est l'outil par excellence de l'homme, aimez-la, et ce conseil est valable pour tout malaise ou maladie, l'amour inconditionnel de soi-même, de tous les êtres, de la vie.

    J'arrête là mes exemples qui ne sont que des exemples, des généralités et non des réponses à chaque cas particulier.

    Pour devenir conscient, de plus en plus conscient, pour dépasser ses peurs, guérir ses blessures, l'élément de base est la conscientisation, mot inventé qui veut dire devenir capable, devant chaque expérience, de se regarder, de voir où vous en êtes, si vous avez mis un masque parce que la blessure fait trop mal, si vous êtes capable de tenter de ne pas mettre le masque et de sentir la blessure, la visiter, commencer à la soigner, aller vers la guérison.

    Maintenant quels sont les outils pour guérir ces blessures et retrouver ou redevenir l'être merveilleux que vous êtes ?

    • Le miroir, comme outil de croissance, comme tout est miroir ! Utiliser chaque événement, chaque réaction, chaque confrontation comme un signal, une flèche sur l'endroit à améliorer. L'autre m'énerve parce qu'il est, selon moi trop perfectionniste ? En quoi suis-je perfectionniste ? Ou a contrario quand est-ce que je bâcle parce que cela m'ennuie !

    • Le décodage de malaises / maladies, qui est une technique de questions / réponses qui a pour but de découvrir la croyance ou le peur qui se cache derrière.

    • L'observation, comme si vous deveniez le cameraman de votre vie, vous n'êtes pas le problème, vous n'êtes pas la maladie, vous observez que, pour le moment, vous avez une difficulté avec tel ou tel sujet.

    • L'acceptation, maître mot pour une évolution, accepter chaque instant comme il est, accepter que vous en êtes là, accepter lorsque vous n'êtes pas encore capable.

    • L'abandon, technique permettant de libérer et de transformer des tensions émotionnelles, mentales ou physiques qui amène à découvrir l'utilité inconsciente des malaises et les messages qu'ils renferment sans avoir recours à l'analyse et l'intellect.

    • La lumi-énergie qui est un traitement visant à rétablir une circulation énergétique fluide dans le corps. L'intervenant partage les blocages qu'il a perçus et explore les avenues possibles pour y remédier.

    • La régression consciente qui est une détente dirigée profonde ayant pour but de découvrir votre raison d'être, le but de votre incarnation et pourquoi vous avez choisi vos parents.

    Et petit à petit, vous enlèverez les couches, comme un artichaut, pour aller toujours plus vers votre essence, vers le coeur de tout. Vous allez rééduquer ces parties de vous-même, comme j'ai moi-même ramené au présent des petites Christiane en colère, triste, impuissante qui étaient restées accrochées dans le passé. Vous les laisserez exprimer tout ce qu'elles n'ont pas pu exprimer.

    Avec le temps, je suis parvenue de plus en plus à vivre dans le moment présent, là où est ma vraie place. De plus en plus, pas toujours...

    Voilà, suis-je guérisseuse ? Thérapeute ? Psy quelque chose ? Cette partie de moi qui aime aider, qui aime guider, en voulez-vous ?

    Bien à vous

    Christiane Kolly – 11 février 2011


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  • Chaque samedi, nous, les nouveaux citadins de newlife, allons faire de la méditation, en général à Ogni Dove. J'ai entendu dans les branches que ce n'est pas le même niveau que celle du lundi soir, c'est juste comme une introduction. Samedi dernier, il était question de la parabole des talents. Bon, je connais la version Jésus, dont la leçon est : même si tu n'as qu'un talent et que tu ne l'utilises pas, il te sera retiré !

    christiane1960.jpgMa mère me disait : « Tu as bien de la chance Christiane, tu as reçu de nombreux talents ! ». C'est vrai, alors si j'ai bien compris la leçon de Jésus, il s'agit de les utiliser. Ici à Damanhur, depuis que je suis arrivée, certains de mes talents semblent vraiment bien plus utiles que d'autres : J'ai ramassé les feuilles. Je balaye, je lave le sol, j'enlève la poussière des meubles, j'arrose les plantes vertes, avec qui j'ai une relation toute particulière, j'arrange les coussins, une nappe sur la table pour que ce soit joli, je suspens le linge, je plie le linge, je range le linge, à la cuisine, je marine, je pèle, je coupe, je découpe, je fais frire, je fais cuire, je dresse la table, et puis je range, je lave, j'essuie... je dois y passer bien quatre heures par jour !

    Mais que va-t-il advenir de mes autres talents ? Si je ne les utilise pas ? Vont-ils m'être retirés ? J'espère que j'ai un peu de temps pour trouver où les utiliser ici ou ailleurs !

    Parce que voilà, mon questionnement actuel, c'est l'argent, cette énergie extraordinaire qui est, selon moi, faite pour circuler... J'ai une réserve d'argent, une petite réserve... Et là j'ai ouvert le robinet, et ce sont plus de cinq cents euros par mois qui s'échappent. Et dans ma dame-jeanne personnelle, pour l'instant, il n'y a que la sortie qui soit utilisée, l'entrée demeure tristement seule, sans voir personne...

    Alors mon ego se met à me harceler, mais oui, vous savez, celui qui crée le chaos dans ma tête, celui qui croit tout savoir et que j'ai bien du mal à domestiquer, à faire taire, à calmer.

    Conversations

    Ego : Mais tu te rends compte, tu paie cinq cents euros par mois, et en plus tu travailles quatre heures par jour, ça fait à peu près un mi-temps. En Suisse, ça vaut au minimum mille cinq cents francs par mois. Tu te fais rouler dans la farine ma veille, comme d'habitude.

    Moi : Tais-toi, je travaille parce que je le veux bien, je ne suis pas obligée, enfin pas autant !

    Ego : Ah tu crois ça ? Alors pourquoi on te demande : « Tu peux me faire une courtoisie, tu peux balayer l'extérieur ? » ou alors « Christiane, Gazelle est malade, peux-tu la remplacer ? »

    Moi : Arrête, tais-toi, j'aime rendre service, j'aime être utile, je le fais volontiers.

    Ego : Oui, tu le fais, pendant que les autres vont travailler et se font de l'argent, je te dis que tu te fais danser sur le ventre, ma vieille !

    Moi : Tais-toi, je te dis, ils ont construit un merveilleux temple, et toutes ces maisons, et encore certainement bien d'autres choses que j'ignore.

    Ego : Oui bien sûr, mais tu as payé cent huit euros pour les voir.

    Moi : C'est vrai mais maintenant, à de nombreuses occasions, j'y suis retournée gratuitement. Je t'ordonne de te taire, je ne veux pas t'écouter !

    Ego : Et comment tu vas faire quand tu n'auras plus d'euros ? Tu crois peut-être qu'ils vont te garder pour tes beaux yeux ? Ici, c'est le travail qui est précieux, et ils se le gardent. Tu as bien vu, tu as bien tenté de participer à l'amélioration de la version française du site internet, de traduire les trois premiers livres de Falco, de participer à l'organisation d'événements, rien ne bouge, ils ne veulent pas de toi ni de ton travail, ils se le gardent le travail !

    Moi : Ils sont très occupés ! Alors j'attends qu'ils me répondent !

    Ego : C'est cela, c'est cela... Tu as bien vu, même ceux qui sont retraités, et qui doivent bien encaisser une rente mensuelle, ils continuent de travailler. Le travail, ils se le gardent, je te dis ! Le travail rémunéré, on est d'accord, parce que pour ce qui est du travail gracieusement fait, ils sont d'une générosité sans borne.

    Moi : Tu es mauvaise langue. Tu veux juste mettre le trouble dans mon esprit quand moi je veux croire à l'abondance, croire que si je donne, sans calcul, juste pour le plaisir de donner, je participe à la circulation de l'énergie, je fais ma part dans le donner/recevoir, et ici il y a de quoi faire.

    Ego : Oui, tu donnes, tu fais ta part, mais tout cela, ce ne sont que des belles paroles que tu as entendues dans les cours de développement personnel. Je reviens avec ma question : que feras-tu quand ta réserve sera épuisée ?

    Moi : Tu ferais mieux de me donner des idées pour créer le travail qui rapporte de l'argent... Je sais bien que tu veux m'aider, que tu essayes de m'éviter des problèmes, que tu veux me protéger. Pour une fois, s'il te plaît, laisse-moi avoir confiance, me dire que ça va bien aller, que je n'ai pas de soucis à me faire. Regarde les oiseaux, ils ne demandent pas ce qu'ils vont manger le lendemain, ils se nourrissent et ils continuent leur vie d'oiseaux, ils volent, ils font leur nid, ils surveillent leurs oeufs...

    Ego : Et l'hiver ils meurent de faim !

    Moi : Et alors, c'est leur vie d'oiseaux, ils n'ont pas peur de manquer, eux. Un jour, je me suis arrêtée avec ma voiture parce que j'ai vu un oiseau immobile au bord de la route. Il était là, presque sans vie, comme serein. J'ai d'abord eu l'idée de la prendre et de le ramener à la maison. Mais il avait l'air si digne, son oeil me fixait, semblant me dire de le laisser là. Alors je suis restée un moment à côté et puis j'ai continué mon chemin. Cet oiseau-là m'a donné une belle leçon d'acceptation.

    Ego : Bla bla bla, admettons ! Il doit quand même y avoir quelque chose qui t'échappe, tu n'es pas chez toi ici, tu ne connais pas le fonctionnement, la mentalité italienne !

    Moi : C'est vrai. Je vais apprendre. Laisse-moi un peu de temps, laisse-moi avoir confiance. C'est un peu de l'alchimie, il doit bien y avoir quelqu'un pour recevoir ce que j'ai à offrir, sinon pourquoi l'aurais-je appris ?

    Ego : Là, je dois dire que tu me laisses sans voix !

    Moi : Et bien soit ! Reste tranquille !

    Et je vous dis, une tâche quotidienne importante pour moi, en ces jours de grand chambardement, pour garder calme et sérénité, c'est bien de veiller à ce que mon égo ne prenne pas toute la place.


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  • Je suis vraiment fier et heureux de mon importance. Né il y a plus de trente ans, mes débuts ont été plutôt difficiles. Je pesais lourd et surtout, je coûtais très cher. Bien sûr, ça a permis à de nombreux humains de combler leur grand besoin d'importance, puisque seuls eux, nantis, pouvaient me payer. Ça leur permettait de parader avec un signe extérieur de puissance et de richesse. Accessoirement, il faut dire que je fonctionnais plutôt mal, à cause d'un manque de retransmissions, accessoirement donc, ça leur permettait aussi de communiquer ...

    madametelephonePlus tard, je me suis amélioré. Ainsi, j'ai commencé à devenir plus populaire, même si j'ai perdu en préciosité, j'ai gagné en nombre d'adeptes. Mais ce n'était pas encore donné à tout le monde de m'acquérir. C'est par mon utilité que j'ai séduit. De plus, je me suis allégé en poids et en coût.

    Mais jamais au grand jamais quelqu'un n'aurait cru, il y a vingt ans seulement, que je prendrais une telle importance. Vous êtes d'accord qu'il y a de quoi être fier : Quasi chaque humain adulte a fait mon acquisition, sans parler des adolescents pour qui me recevoir est un étape importante de leur vie. J'ai réussi un tour de force, je suis devenu indispensable !

    Certains m'aiment un peu moins, ils ne m'utilisent qu'en cas de besoin absolu et m'oublient la plupart du temps. Mais la majorité des humains sont devenus accrocs ! C'est comme ça que je me retrouve dans le sac des dames aussi bien que dans la poche des messieurs. Indispensable, je vous dis, indispensable !

    Vous pouvez me voir à l'oreille des gens. Ils sont redevenus péripatéticiens, oui ils ressemblent à ceux de l'époque d'Aristote qui travaillaient en marchant ... Mais ils ont quand même un peu l'air étrange, de parler comme ça, tout seul !
    Ils ne prennent pas le temps de s'arrêter, lorsqu'ils croisent quelqu'un, pour parler cinq minutes, pour dire « comment ça va ? » ou « Que penses-tu de la dernière rencontre du groupe ? ». L'important c'est moi !

    Il m'arrive d'être moi-même étonné de tant de sollicitude ! Je me surprends à penser qu'ils exagèrent !

    Deux ou trois en pleine conversation, il suffit que je me manifeste pour que l'un d'eux s'arrête sec, parfois sans rien dire, s'éloigne presque toujours du groupe et m'approche délicatement de son oreille. Je suis devenu plus important que les hommes présents et j'en suis bien content !

    Je vous rapporte une petite histoire très amusante :

    Framboise

    Bonjour Cerise, j'ai besoin de m'entretenir avec toi, quand peut-on se parler ?

    Cerise

    Laisse-moi réfléchir ...

     

    Dring dring ... et c'est moi qui passe !

    Cerise

    Excuse-moi Framboise. Ah oui, tu veux me parler ... Je suis très occupée ...
    Bon d'accord, on peut se parler maintenant !

     

    Dring dring ... et c'est moi qui passe !

    Cerise

    Oh la la ... Tu comprends Framboise, c'était vraiment important,
    j'étais obligée de répondre !

    Framboise

    Oui Cerise, je comprends. Je voulais te parler de ...

     

    Dring dring ... et c'est moi qui passe !

    Cerise

    Oui ... désolée ... (elle semble confuse, en tout cas elle en donne
    l'impression). Tu voulais me parler de quoi !

    Framboise

    J'ai besoin de renseignements. Je dois trouver un moyen pour ...

     

    Dring dring ... et c'est moi qui passe !

    Cerise

    Bon, il faudrait que je l'arrête ?!? Je suis désolée !
    Oui, tu as besoin de renseignements à quel sujet ?

    Framboise

    Comment faire un choix ? J'ai entendu dans les branches qu'il y a plusieurs
    possibilités pour rester ici, tu peux me donner quelques détails s'il te plaît ?

    Cerise

    Alors pour cela ...

     

    Dring dring ... et c'est moi qui gagne ! Et ça dure cinq minutes !

    Cerise

    Tu disais ?

    Framboise

    ... les différentes possibilités de rester ici !

    Cerise

    Ah ! Pour cela, tu dois parler avec Prune !

     

    Dring dring ! Cerise fait un signe de la main à Framboise et s'éloigne,
    un appel important !

    Histoire vraie ! Je l'ai vécue !

    Alors moi je vous dis, quand vous avez besoin de parler à quelqu'un, pour ne pas être interrompu, je vous donne un truc du tonnerre :

    METTEZ-VOUS EN FACE ET UTILISEZ-MOI, TÉLÉPHONEZ-LUI !


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