• À ceux que j'aime et ceux qui m'aiment

    Quand je ne serai plus là, lâchez-moi !
    Laissez moi partir,
    j'ai tellement de choses à faire et à voir !
    Ne pleurez pas en pensant à moi !

    Soyez reconnaissants pour les belles années
    Durant lesquelles je vous ai donné mon amitié,
    Vous pouvez seulement deviner
    le bonheur que vous m'avez apporté !

    Je vous remercie de l'Amour que chacun m'a démontré !
    Maintenant il est temps de voyager seul.
    Pour un court moment, vous pouvez avoir de la peine.
    La confiance vous apportera réconfort et consolation.

    Nous serons séparés pour quelques temps !
    Laissez les souvenirs apaiser votre douleur !
    Je ne suis pas loin et la Vie continue...
    Si vous en avez de besoin, appelez-moi et je viendrai !

    Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là.
    Et si vous écoutez votre coeur, vous éprouverez clairement
    la douceur de l'amour que j'apporterai.

    Et quand il sera temps pour vous de partir,
    je serai là pour vous accueillir.
    Absent de mon corps, présent avec Dieu.

    N'allez pas sur ma tombe pour pleurer,
    je ne suis pas là, je ne dors pas.

    Je suis les mille vents qui souffle.
    Je suis la lumière qui traverse les champs de blé.
    Je suis la douce pluie d'automne.
    Je suis l'éveil des oiseaux dans le calme du matin.
    Je suis celui qui brille dans la nuit.

    Matcaci

    *Texte écrit par Charlotte Néwashish-Flamand lors du décès de son oncle survenu subitement. Matcaci veut dire Au Revoir. Fait étonnant, pas longtemps après, Charlotte nous quittait suite à une longue et pénible maladie.


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  • 2011 Christ 
    Quand vous viendrez me faire l'amour 17.10.14 Broc
    Au clair de la lune 12.10.14 Hammamet
    Nous sommes uniques... 22.05.14 Broc
    La muse inconnue 9.04.14 Bulle 
    Ave Soleil 5.04.14 Broc
    Musique du corps 7.08.13 Lausanne
    Un matin 3.08.13 Lausanne
    Et si tant de lumière 3.07.13 Romont
    Il est quatre heures 28.12.12 Romont
    J'ai mis de l'ambre dans mon cou 27.12.12 Romont
    Tous les matins 22.10.12 Dans le train vers Bulle
    Privilège 17.10.12 Dans le train vers Bulle
    Métamorphoses 15.10.12 Romont
    J'adore Morphée 11.10.12 Romont
    Sidi Bou Said 11.10.12 Romont
    Parfois la nuit 10.08.12 Romont
    Être humain 23.06.12 Lausanne
    Feux follets 13.06.12 Lausanne
    Comme 5.06.12 Pully
    Les pendulaires 22.05.12 Lausanne
    Un peu 15.05.12 Lausanne
    Le banc de Lyon 3.05.12 Lausanne
    Mobile 28.04.12 Romont
    Vous 20.04.12 Lausanne
    M'aimeras-tu un jour   8.03.12 Lausanne
    Petit Cyril 22.02.12 Lausanne
    Viens près de moi   18.02.12 Romont
    A vous l'homme 9.01.12 Romont
    Quelle faim ? 8.12.11 Lausanne
    L'homme blessé 2.12.11 Pully
    La cour 10 - Monologue 16.11.11 Lausanne
    Et je pense à vous ! 4.11.11 Lausanne
    Le verbe audacieux 13.09.11 Lausanne
    Nom de dieu 18.06.11 Romont
    Eluade 20.04.11 Porta della luna, Damanhur
    Monologue nocturne 17.04.11 Porta della luna, Damanhur
    Matin gris 12.04.11 Porta della luna, Damanhur
    Je retourne aux bains 21.05.10 San Augustin, Canaries
    La couche 26.03.10 Romont
    La tonsure 26.03.10 Romont
    Le soleil m'allume 26.03.10 Romont
    Merci l'amant   26.03.10 Romont
    Justement 27.09.09 Romont
    Rêves et louanges 3.09.09 Romont
    Je veux de vous 31.03.09 Fribourg
    Salute per aqua 31.03.09 Fribourg
    La caverne sens dessus dessous 3.03.09 Romont
    La cour 09 - D'Autriche, à Claude 15.02.08 Sankt Anton am Arlberg
    Drôle d'ère 13.02.08 Sankt Anton am Arlberg
    Pensées de quinca   18.09.07 Conches
    Je me souviens de vous 13.09.07 Conches
    Rêveries océanes 12.08.07 Islesboro, Maine
    Tout me parle de vous 13.07.07 Conches
    Jour d'été 4.07.07 St-Jérôme, Lubéron, Provence
    Démangeaisons 3.07.07 Conches
    Silence 2.07.07 Conches
    La cour 08 - Hier et les éléments 15.06.07 Conches
    Poème du lendemain 15.06.07 Conches
    Envies 7.06.07 Conches
    Myosotis 5.06.07 Conches
    La cour 07 - Sur la place 25.04.07 Conches
    La cour 06 - Au lièvre amoureux 17.03.07 Conches
    La cour 05 - La porte ouverte 23.02.07 Conches
    Si tu étais   8.02.07 Conches
    Lumière 23.12.04 Romont
    La récompense du temps 28.01.04 Villarsiviriaux
    Mystère 17.06.03 Villarsiviriaux
    Coeur de rose 12.06.03 Fribourg
    Vouloir vivre 28.05.03 Villarsiviriaux
    Le plus beau des cailloux 27.05.03 Villarsiviriaux
    Le lierre et le caillou 23.05.03 Villarsiviriaux
    Une oeuvre 6.01.03 Villarsiviriaux
    Connaissance   6.01.03 Vuisternens-en-Ogoz
    Histoire d'amour 6.01.03 Vuisternens-en-Ogoz
    La vie la mort 6.01.03 Vuisternens-en-Ogoz
    Nature   6.01.03 Vuisternens-en-Ogoz
    Blues 30.12.02 Vuisternens-en-Ogoz
    Les mains de ma maîtresse 4.08.02 Villarsiviriaux
    La cour 03 - Aime-moi comme ça mon amour 12.07.02 Villarsiviriaux
    Aux pieds de trois bouleaux 26.06.02 Villarsiviriaux
    Bisous équins 1.05.02 Villarsiviriaux
    Chaîne d'union 28.03.02 Villarsiviriaux
    Mon amie la mort 10.08.01 Vuisternens-en-Ogoz
    La cour 02 - Hommage à la sensualité 27.07.01 Vuisternens-en-Ogoz
    Dans une allée de palmiers 25.07.01 Vuisternens-en-Ogoz
    L'agneau à la gargoulette 3.07.01 Vuisternens-en-Ogoz
    Le psy dans le jardin 16.06.01 Vuisternens-en-Ogoz
    La cour 04 - Au pied d'un chêne multicentenaire 10.06.01 Vuisternens-en-Ogoz
    Mon ami de Dunkerque 3.06.01 Vuisternens-en-Ogoz
    Pour un inconnu des yeux 3.06.01 Vuisternens-en-Ogoz
    Le petit lopin de terre 25.05.01 Vuisternens-en-Ogoz
    Ne pas vraiment se réveiller 3.04.01 Vuisternens-en-Ogoz
    Le train du prince maure 26.03.01 Vuisternens-en-Ogoz
    La cour 01 - Ballade guidée pour un homme nu 1.03.01 Vuisternens-en-Ogoz

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  • Hugo Victor - La voile(poème XI des Orientales)

    LA SOEUR

    Qu'avez-vous, qu'avez-vous, mes frères ?
    Vous baissez des fronts soucieux.
    Comme les lampes funéraires,
    Vous regards brillent dans vos yeux.
    Vos ceintures sont déchirées;
    Déjà trois fois, hors de l’étui,
    Sous vos doigts, à demi tirées,
    Les lames des poignards ont lui.

    LE FRERE AINE

    N 'avez-vous pas levé votre voile aujourd'hui ?

    LA SOEUR

    Je revenais du bain, mes frères,
    Seigneurs, du bain je revenais,
    Cachée aux regards téméraires
    Des Giaours et des Albanais.
    En passant près de la mosquée
    Dans mon palanquin recouvert,
    L’air de midi m’a suffoquée :
    Mon voile un instant s’est ouvert.

    LE SECOND FRERE

    Un homme alors passait ?
    Un homme en caftan vert ?

    LA SOEUR

    Oui peut-être mais son audace
    N’a point vu mes traits dévoilés
    Mais vous vous parlez à voix basse,
    A voix basse vous vous parlez.
    Vous faut-il du sang ? sur votre âme,
    Mes frères, il n’a pu me voir. Grâce !
    tuerez-vous une femme,
    Faible et nue en votre pouvoir ?

    LE TROISIEME FRERE

    Le soleil était rouge à son coucher ce soir !

    LA SOEUR

    Grâce ! qu’ai-je fait ? grâce ! grâce !
    Dieu ! quatre poignards dans mon flanc !
    Ah ! par vos genoux que j’embrasse
    O mon voile ! ô mon voile blanc !
    Ne fuyez pas mes mains qui saignent,
    Mes frères, soutenez mes pas !
    Car sur mes regards qui s’éteignent
    S’étend un voile de trépas.

    LE QUATRIEME FRERE

    C’en est un que du moins tu ne lèveras pas !

    Victor Hugo - 1er septembre 1828


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  • Es war einmal - Frédéric Le Grand

     

    Es war ein Mal ein Courtisan

    Und eine Dame de Cour

    Er war für Sie ein bon Vivant

    Und Sie war folle d'Amour

    Sie gingen zu Promenade

    Tranken The und Schokolade

    Und auch bon vieux Vin

    In einem beau Jardin

    Er war ein wenig Entreprenant

    Und Sie war auch

    Bien d'accord

     

    Friedrich der Grosse


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  • Douceurs d'octobre


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  • Femmes de Turquie


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  • Quand j'étais gamin, mon oncle Henri, mais oui celui qui voulait nous tuer, mon frère et moi, parce que nous avions chapardé quelques prunes, celui-là même avait deux passions : le football et le hockey. Je devais avoir huit ou neuf ans quand il est venu un jour à la maison me chercher pour aller voir un match de hockey à Gottéron1.

    Me voilà embarqué dans sa bagnole. Nous sommes arrivés à la patinoire des Augustins, patinoire non couverte où quand il avait gelé et que la glace s'était formée, le match pouvait avoir lieu, mais si la température montait, au revoir pas de match. Dans ce quartier de l'Auge, quartier pauvre de la ville, les familles comptaient entre cinq et huit enfants qui avaient faim parfois, la pauvreté régnait. C'étaient des Bolzes. Aujourd'hui encore, les enfants de la Basse, ce sont les Bolzes. Ils allaient dans la forêt couper des branches. Ils assemblaient tant bien que mal deux ou trois bouts de bois pour fièrement devenir propriétaire d'une canne de hockey. Sur l'étang des Augustins, du nom d'un Couvent proche, les enfants, à force de jouer, de s'entraîner sans le vouloir, devenaient de vrais petits hockeyeurs. Le public affluait, puisque depuis Villaraboud même, à plus de quarante kilomètres de là, nous venions voir un match. La ville de Fribourg contente de voir ses enfants s'adonner à une activité saine, et des donateurs privés se sont mis d'accord pour construire une vraie patinoire, artificielle cette fois, pour les enfants de la Basse. Il ne fallait plus attendre qu'il gèle pour pouvoir jouer au hockey. Le club évoluait déjà en première ligue, ce qui représentait la troisième catégorie nationale, et les membres venaient tous de la Basse.

    Deux ou trois ans plus tard, Fribourg Gottéron est monté en ligue nationale B. La nouvelle patinoire n'était pas couverte. Quand il neigeait vers dix heures du soir, le match était arrêté pour prendre le temps de balayer la neige, puis le match reprenait. Ainsi, certains matches duraient jusqu'à une heure du matin. C'était une équipe soudée, au dynamisme hors du commun, ils jouaient comme un seul homme sur la glace. Avec le temps, le club s'est structuré, avec comité, président, membres.

    Après deux ou trois championnats en ligue B, les hockeyeurs ont si bien joué que le club est devenu premier de sa ligue, qualifié pour la finale où le premier de ligue B jouait contre le dernier de ligue A, le CP Zurich, en l'occurrence. Si Gottéron gagnait, il passait en ligue A et Zurich était relégué en ligue B. Par un froid de canard, à la patinoire des Augustins, toujours ouverte, j'ai assisté au match. Contre toute attente, nous avions l'espoir de voir gagner notre équipe, mais là, c'était l'euphorie générale, nous avons battu Zurich six à zéro.

    La saga de Fribourg Gottéron a commencé à ce moment-là. Avoir battu Zurich, ça nous a donné des ailes. Avoir battu les suisses allemands, dans la Suisse romande, ce fut une sacrée victoire, puisque nous sommes en minorité, en Suisse il y a environ deux germanophones pour un francophone. Mais à Fribourg, canton majoritairement francophone, on compte deux Welchs2 pour suisse allemand. L'avantage pour le public a été que, pour jouer en ligue A, il fallait disposer d'une patinoire couverte. C'est comme cela qu'une bâche jaunâtre a été montée sur les Augustins.

    Le succès allait grandissant, ce qui faisait que, pour assister à un match, il fallait arriver à quatre ou cinq heures de l'après-midi pour s'assurer de trouver une place pour le match qui débutait à huit heures et demie le soir, sans parler des embouteillages et des difficultés à trouver une place de parc, dans cette Basse-ville aux maisons serrées, aux rues étroites reliées par des ponts sur les méandres de la Sarine, aux falaises impressionnantes. Mais l'oncle Henri y tenait tant qu'il disait à son domestique de traire ses vaches. Nous partions à trois heures et demie quatre heures, sûrs ainsi de trouver une place. L'oncle Henri prenait le viatique, histoire aussi de passer le temps en attendant le match. J'ai vu des supporters manger la fondue, assis sur les gradins des Augustins, par grand froid.

    Je peux vous dire que quand Gottéron gagnait, les bistrots de la Basse restaient ouverts toute la nuit et que, du Tirlibaum, nous on disait Tirliboum, un café de la Place du Petit-Saint-Jean, jusqu'à la Pinte des trois Canards, dans la Vallée du Gottéron, tous les établissements étaient bondés, de la bière, encore de la bière, toujours de la bière.

    Il y eut un combat d'arrière-garde. Ceux de la Basse voulaient garder leur patinoire en Basse-ville et les autres voulaient construire une patinoire plus accessible. Finalement, les premiers ont dû se résigner, le club avait pris une telle importance qu'il était impossible de le garder chez eux. C'est à Saint-Léonard, sur la route en direction de Granges-Paccot qu'une nouvelle patinoire a été construite. Il fallait aller "en-haut", au début ça a un peu coincé, mais finalement les Bolzes, fiers de représenter leur canton, ont accepté qu'on leur pique leur bébé. Petit Gottéron était devenu grand. Jouer dans la cour des grands comme Davos, Ambri Piotta et autres, il leur a fallu du temps pour réaliser qu'ils étaient devenus grands.

    Il faut relever que, depuis leur arrivée en ligue nationale A, Fribourg Gottéron est la seule équipe nationale qui n'ait jamais été reléguée, même si parfois ça a été sur le fil du rasoir.

    Un événement a quelque peu changé le visage de Gottéron, un article paru dans un journal suisse allemand disait que l'équipe nationale de Russie où les joueurs étaient jusqu'ici contraints à rester chez eux était désormais disposée à laisser partir quelques joueurs. Ils étaient à l'époque champions du monde et champions olympiques. Les journalistes russes ont pris contact avec les responsables des principaux clubs de hockey suisses. Ils ont tous refusé l'offre, ils avaient dans leurs rangs des canadiens ou des américains, ils n'étaient pas intéressés par des joueurs russes. Je fréquentais le club avec assiduité, mais encore dans l'anonymat. Le Président de Gottéron de l'époque, Jean Martinet, vint un soir vers moi :

    - Tu as entendu parler des russes ?

    - Oui, bien sûr !

    - Et tu en penses quoi ?

    - Il faudrait voir !

    - Et bien, écoute-moi, la semaine prochaine, on part à Moscou, en Russie ! Tu veux venir ?

    - Tu penses bien que oui, je ne voudrais manquer cela pour rien au monde.

    Par chance, Martinet avait une fille qui travaillait chez Kuoni, agence de voyages à Fribourg, ce qui a facilité les démarches. Nous étions quatre et avons payé nos billets nous-mêmes. Et nous voilà partis pour le pays des slaves. Nous avions rendez-vous avec un certain Tikonoff de la Sbornaja, l'équipe nationale de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Arrivés en face de cet homme, le problème c'était la langue. Martinet dit :

    - Swiss Captain !

    - ...

    Visiblement, il nous fallait une interprète. L'ayant trouvée, nous avons pu commencer les négociations. Martinet dit :

    - Il nous faut un ailier droit !

    C'est là qu'il fait venir Andrei Khomutov. Celui-ci nous dit, c'est comme ça les russes, qu'il était d'accord pour s'expatrier, mais à condition de venir avec son copain Viatcheslav, dit Slava Bykov. D'entrée, Martinet n'était pas très chaud, il n'en voulait qu'un. Nous l'avons convaincu qu'il était préférable pour tout le monde d'engager les deux : ils joueraient mieux, ils s'ennuieraient moins. Le transfert de deux des meilleurs joueurs de la planète a coûté au Club Fribourg Gottéron un autocar que les russes voulaient pour se déplacer quand ils allaient jouer à l'extérieur. Nous avons fait fabriquer l'autocar en Tchécoslovaquie, il pouvait contenir septante personnes, il était magnifique. C'était notre contribution pour le club, le prix du transfert.

    Quant à nos deux vedettes, Khomutov et Bykov, leurs salaires étaient de dix mille francs par mois, nets d'impôts, un logement et une voiture. Comparés aux salaires des joueurs canadiens ou américains, nous faisions vraiment une belle affaire. Les russes sont arrivés et ont été installés à Marly, dans une villa jumelée, l'un à côté de l'autre. Leurs femmes respectives les accompagnaient, celle de Khomutov se prenait pour une diva et a tout de suite grimpé dans l'échelle sociale, manteaux de fourrure, bijoux et autres signes extérieurs de richesse alors que la femme de Bykov était une personne réservée et fort aimable.

    Je faisais alors partie du comité de Fribourg Gottéron. C'est là que s'est joint à nous mon incontournable ami Jean-Marie Dévaud, dit Nanet :

    - Il faut faire quelque chose pour Gottéron ?

    - Quoi, tu veux faire quoi, de quoi tu parles ?

    - En basse saison, il y a toujours ce problème de liquidités. Il faut trouver un moyen d'aider le club pour faciliter ce passage et payer les joueurs quand le club n'encaisse pas de recettes.

    CCH est né, coopérative de cautionnement du hockey. Nous étions solidaires auprès de la banque, à titre privé, à raison de quarante mille francs par personne, ce qui faisait quatre cent mille francs à disposition du club pour payer les joueurs en basse saison. Notre contribution en liquide se montait à quatre mille francs par personne et par année pour les frais de la loge et les frais de déplacements. Plus tard, le nombre d'adhérents a passé à quatorze. Nous avions à notre disposition une loge et pour les femmes quatorze places assises, nous voulions regarder les matches entre hommes. Durant la pose, nos épouses ou partenaires respectives venaient prendre un verre dans notre bar, mais dès que la partie reprenait, elles regagnaient leurs places.

    Le système a bien fonctionné et vu le nombre de mem­bres, nous avons fondé un comité. Nanet, vu ma facilité d'élocution pour ne pas dire ma grande gueule, m'a propulsé Président, lui s'occupait des finances. C'était grandiose. Très souvent, Francis Mauron, Président de CCH, était invité à se rendre au milieu de la patinoire, devant tout le public, pour remettre une montre ou un autre prix au meilleur joueur de chaque équipe. J'ai fait cela durant deux ou trois ans. Mais un jour, la Banque de l'État nous a envoyé une lettre nous informant que, le Club de Fribourg Gottéron n'étant plus capable d'assumer ses dépenses, nous étions invités, selon l'acte de cautionnement que nous avions signé, à payer la somme de six cent cinquante mille francs. Il fallait débourser chacun plus de quarante-six mille francs. Nous avons été convoqués, à six heures et demie du matin, à la Fiduciaire Baudet à Fribourg, présidée par Gaston Baudet, un homme qui avait de nombreuses relations dans le milieu de la finance et qui tenait les comptes de Fribourg Gottéron. Il y avait là un représentant de la Banque et un Conseiller juridique, Maître Sallin. Au début, il semblait que nous allions devoir passer à la caisse. En allongeant la discussion, nous avons constaté que la Banque avait autorisé elle-même le dépassement du crédit fixé à la base à quarante mille par cosignataires. La dette réelle du club se montait à sept cent huitante mille francs. Même le Président du Tribunal, Monsieur Esseiva, arrivé un peu plus tard dans la journée, a confirmé qu'au point de vue juridique, l'action était irrecevable, c'était la Banque qui était fautive. Nous étions soulagés et heureux...

    Après cet incident qui a bouleversé fortement certains membres, le CCH a été dissout. C'est là que la fameuse campagne "Il faut sauver Gottéron" avec manifestations et tapages en tous genres a porté ses fruits puisque la situation financière du club a été assainie durant quelques temps.

    Pour revenir au fonctionnement de CCH, nous avions créé des statuts, dont l'un des articles vaut le détour : l'assemblée générale de la coopérative avait lieu une fois l'an à Moscou. Nous étions une équipe, provenant principalement du domaine de la construction et des bâtiments, une équipe de noceurs. Première assemblée générale, vol pour l'URSS en business classe, il y avait Conrad du Lion d'Or, les Ropraz Entrepreneurs, Doudou des Ascenseurs. Nous étions logés à l'Hôtel Baltschug Kempinski, s'il vous plaît, un cinq étoiles en face du Kremlin avec Saint Basile, ses dorures et ses tours. En tant que Président, j'ai même eu droit à une chambre plus grande que les autres, une petite suite qui donnait sur deux rues, avec trois fenêtres d'un côté, trois fenêtres de l'autre. Jean-Marie était déjà venu en repérage, je me demande bien pourquoi d'ailleurs. Quand le soir est arrivé, que font les hommes seuls dans une grande ville réputée pour ses belles femmes ? Il fallait trouver le Ni Flè, disait Nanet. En vérité, le nom de l'établissement était Night Flight, vol de nuit, mais Antoine de Saint-Exupéry n'y avait certainement plus grand chose à voir. Les poupées russes, nombreuses, des secrétaires ou des étudiantes, acceptaient quand même, pour cent cinquante ou deux cents dollars de venir dormir avec un homme, surtout au Baltschug Kempinki. Trois ou quatre jours, il nous les fallait pour une assemblée générale, le temps de visiter les lieux, de se faire plaisir.

    Un soir, j'étais vraiment sur les rotules, j'avais décidé de ne pas sortir, de rester en chambre. Après quelques heures de sommeil, je me suis réveillé et le bar de l'hôtel devait être encore ouvert. Je suis descendu et j'ai demandé au barman :

    - N'avez-vous pas de dames de compagnie ?

    - Non, non, non, voyons, nous sommes un établissement respectable. Pas de cela ici.

    - Réfléchissez-y !

    C'était deux heures du matin. J'ai quitté le bar et après trois marches vers l'ascenseur, j'ai aperçu une femme, manteau de cuir noir, col relevé ... aïe ... le téléphone arabe, enfin russe avait dû fonctionner très rapidement. J'ai passé la nuit avec mon inconnue. J'ai même oublié la protection habituelle dans le feu de l'action. Heureusement, test à l'appui une fois rentré, il n'y a pas eu de problème de ce côté-là. Mais le matin, elle s'incrustait ! Nous avions une réunion à dix heures, il fallait qu'elle s'en aille. Finalement, elle est partie, ouf !

    1Le Gotteron (ou Gottéron, appelé en allemand Galtera ou Galternbach), qui signifie "chaudron" et désigne une vallée encaissée en franco-provençal, est un cours d'eau de Suisse qui traverse une partie du canton de Fribourg. La rivière Galtera prend sa source au nord de la commune d'Oberschrot, s'écoule vers le nord puis l'ouest dans l'étroite vallée nommée Galterengraben flanquée de falaises qui, depuis le Moyen-Âge, abritait des moulins et des martelleries. Environ un kilomètre avant de se jeter dans la Sarine (bassin du Rhin), à l'entrée de la ville de Fribourg, la rivière et la vallée prennent le nom de Gotteron, source Wikipedia

    2En Suisse alémanique, le terme de "Welch" désigne les habitants de la partie francophone suisse

    Tiré du livre de Francis Mauron Le dernier chantier


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  • Bon anniversaire


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