• georges sand

    Te voilà revenu, dans mes nuits étoilées,
    Bel ange aux yeux d’azur, aux paupières voilées,
    Amour, mon bien suprême, et que j’avais perdu !
    J’ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire,
    Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire,
    Au chevet de mon lit, te voilà revenu.

    Eh bien, deux mots de toi m’ont fait le roi du monde,
    Mets la main sur mon cœur, sa blessure est profonde ;
    Élargis-la, bel ange, et qu’il en soit brisé !
    Jamais amant aimé, mourant sur sa maîtresse,
    N’a sur des yeux plus noirs bu la céleste ivresse,
    Nul sur un plus beau front ne t’a jamais baisé !

    Alfred de Musset


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  • comme une bougie

    Quelqu'un meurt,
    Et c'est comme des pas
    Qui s'arrêtent.
    Mais si c'était un départ
    Pour un nouveau voyage...
     
    Quelqu'un meurt,
    Et c'est comme une porte
    Qui claque.
    Mais si c'était un passage
    S'ouvrant sur d'autres paysages...
     
    Quelqu'un meurt,
    Et c'est comme un arbre
    Qui tombe,
    Mais si c'était une graine
    Germant dans une terre nouvelle...
     
    Quelqu'un meurt,
    Et c'est comme un silence
    Qui hurle.
    Mais s'il nous aidait à entendre
    La fragile musique de la vie...
     
    Benoît Marchon


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  • albatrosSouvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à coté d'eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
    Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
    L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

    Le Poête est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

    Charles Baudelaire (Les fleurs du mal)


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  • L ame du vin - Baudelaire_opt
    Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles:
    «Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
    Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
    Un chant plein de lumière et de fraternité!

    Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
    De peine, de sueur et de soleil cuisant
    Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme;
    Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

    Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
    Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
    Et sa chaude poitrine est une douce tombe
    Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

    Entends-tu retentir les refrains des dimanches
    Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant?
    Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
    Tu me glorifieras et tu seras content;

    J'allumerai les yeux de ta femme ravie;
    À ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
    Et serai pour ce frêle athlète de la vie
    L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

    En toi je tomberai, végétale ambroisie,
    Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
    Pour que de notre amour naisse la poésie
    Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur!»

    Charles Baudelaire

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  • rudaux couple sur un banc

    Préface du Livret de famille vaudois.
    Texte de CF Ramuz
    Viens t'asseoir à côté de moi sur le banc devant la maison, femme, tu en as bien le droit, voici quarante ans que nous sommes ensemble.
    Cette fin d'après-midi, alors qu'il fait si beau, c'est aussi le soir de notre vie. Tu as bien mérité,vois-tu, un peu de repos.
    Maintenant, les enfants sont placés. Ils sont allés chacun de son côté et nous sommes de nouveau rien que les deux, comme quand nous avons commencé.
    Femme, te souviens-tu? Nous n'avions rien pour commencer, tout était à faire. Et nous nous sommes mis à l'ouvrage. Ça n'allait pas tout seul, il nous en a fallu du courage !
    Il nous en a fallu de l'amour, et l'amour n'est pas ce qu'on croit au commencement.
    Se serrer l'un contre l'autre, s'embrasser, se parler tout doux à l'oreille.
    Ça, c'est bon pour le jour de la noce ! Le temps de la vie est grand, mais le jour de la noce ne dure qu'un jour. C'est seulement après, qu'a commencé la vie.
    Les enfants viennent; il leur faut quelque chose à manger, des vêtements et des souliers, ça n'a pas de fin. Il est aussi arrivé qu'ils étaient malades, alors tu devais passer toute la nuit à veiller et moi, j'étais à l'ouvrage d'avant le jour jusqu'à la nuit tombée.
    Nous croyions être arrivés à quelque chose, puis après, tout était en bas et à recommencer. Des fois, nous étions tout dépités de voir que nous avions beau faire, nous piétinions sur place et même, nous repartions en arrière.
    Te souviens-tu, femme, de tous ces soucis ? Mais nous sommes restés fidèles l'un à l'autre, et ainsi, j'ai pu m'appuyer sur toi, et toi la même chose sur moi.
    Nous avons eu de la chance d'être ensemble, les deux. On s'est mis à l'ouvrage, nous avons duré et tenu le coup.
    Le véritable amour n'est pas pour un jour. C'est toute la vie que nous devons nous aimer, s'aider et se comprendre.
    Puis, les affaires sont allées du bon côté, les enfants ont tous bien tourné. Mais aussi, on leur avait appris à partir sur le bon chemin.
    Nous avons un petit quelque chose au soleil et dans le bas de laine. C'est pourquoi, cette fin d'après-midi, alors qu'il fait si beau, assieds-toi à côté de moi. On veut pas mparler, nous n'avons plus rien à nous dire.
    Nous n'avons besoin que d'être les deux et laisser venir la nuit, bienheureux d'avoir bien rempli notre vie.
    (Traduction du texte patois)  

    Dessin : Edmond Rudaux


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  • Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
    Un amour éternel en un moment conçu.
    Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
    Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

    Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
    Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
    Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
    N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

    Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
    Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
    Ce murmure d'amour élevé sur ses pas ;

    À l'austère devoir pieusement fidèle,
    Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :
    « Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.

    Félix Arvers


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  • ciel ville lumière

    Le ciel nocturne et bas s'éblouit de la ville
    Et mon cœur bat d'amour à l'unisson des vies
    Qui animent la ville au-dessous des grands cieux
    Et l'allument le soir sans étonner nos yeux

    Les rues ont ébloui le ciel de leurs lumières
    Et l'esprit éternel n'est que par la matière
    Et l'amour est humain et ne vit qu'en nos vies
    L'amour cet éternel qui meurt inassouvi

    Guillaume Apollinaire


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  • cigale fourmiLa cigale , ayant chanté
    Tout l'été,
    Se trouva fort dépourvue
    Quand la bise fut venue.
    Pas un seul petit morceau
    De mouche ou de vermisseau
    Elle alla crier famine
    Chez la fourmi sa voisine,
    La priant de lui prêter
    Quelque grain pour subsister
    Jusqu'à la saison nouvelle
    «Je vous paierai, lui dit-elle,
    Avant l'oût , foi d'animal,
    Intérêt et principal .»
    La fourmi n'est pas prêteuse ;
    C'est là son moindre défaut.
    «Que faisiez-vous au temps chaud ?
    Dit-elle à cette emprunteuse.
    Nuit et jour à tout venant
    Je chantais, ne vous déplaise.
    - Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
    Eh bien : dansez maintenant.»

    Jean de La Fontaine


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  • la nuit nest jamais complete paul eluard

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  • un sourireLa nuit n’est jamais complète
    Il y a toujours puisque je le dis
    Puisque je l’affirme
    Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
    Une fenêtre éclairée
    Il y a toujours un rêve qui veille
    Désir à combler faim à satisfaire
    Un cœur généreux
    Une main tendue une main ouverte
    Des yeux attentifs
    Une vie la vie à se partager.

    Paul Eluard
    Recueil Le Phénix


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